NOUVEAU THÈME :
J'ai précédemment effectué divers articles sur les trois pays baltes que je trouve fascinant. il manquait à cette étude la description des trois capitales, Vilnius, Riga et Tallinn. voici d'abord mes impressions sur RIGA capitale de la LETTONIE.

REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
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vendredi 24 octobre 2014

LE BERNIN (12): LA FONTAINE AU TRITON

INTERPRÉTATION

Dans la sculpture proprement dite, dominent les courbes qui s'entremêlent et se conjuguent pour constituer un ensemble cohérent semblant former un double triangle ou un losange. Pourtant, curieusement, la ligne principale de la fontaine n'est pas la courbe mais la verticale :
  . elle apparaît d'abord en filigrane dans la sculpture, partant de l'espace entre les corps des dauphins, s'élevant jusqu'à la conque qui se trouve à la pointe du triangle dont la base est la vasque.
  . Elle est ensuite matérialisée par le puissant jet d'eau qui s'élevait autrefois beaucoup plus haut qu'actuellement comme le montre la gravure du 17eme siècle ci-dessus.
Encore une fois, on retrouve, comme dans le baldaquin de saint Pierre, une élévation du regard vers le ciel sans l'entrave d'une quelconque ligne horizontale.

On a souvent dit que cette fontaine est inspirée des Métamorphoses d'Ovide qui décrit dans son premier livre, la fin du déluge décidé par Zeus pour punir les hommes de leur inconduite (1) : on y voit Triton souffler dans sa conque et c'est le signal du retrait des eaux qui recouvraient la terre. Certes, l'image du triton soufflant dans la conque est inspirée d'Ovide mais l'interprétation qui ressort de l'examen de la fontaine du BERNIN est exactement l'antithèse de celle d'Ovide : dans Ovide, le triton souffle dans la conque pour que les eaux du déluge se retirent, laissant la place à un paysage désolé de boue gorgée d'eau ; ici, c'est l'inverse : le quartier était une terre sans eau qui ne pouvait être habitée, le triton, en soufflant dans sa conque fait jaillir l'eau qui va combler de ses bienfaits la terre et les hommes : dans Ovide, de la conque sort un son ; pour le Bernin, de la conque sort de l'eau.

Dans cette perspective, il apparaît un sens de mouvement de l'eau qui permet de déterminer la signification de la statue :
  . l'eau semble être avalée par les dauphins dont la bouche ouverte est à demi emplie d'eau, elle semble ensuite monter jusqu'à la bouche du triton qui va la faire ressortir par la conque. Le jet en redescendant sur la vasque se répand et semble irriguer le sol.
   . Dans le trajet vertical d'élévation du flot des dauphins au triton, l'eau passe par un intermédiaire symbolisé par les armoiries papales : sans l'intermédiaire du Pape Urbain VIII, il n'y aurait pas d'eau dans ce secteur, l'eau est donc apparue grâce à lui et à sa capacité à dispenser ses bienfaits partout où on en a besoin : ainsi apparaît un mouvement qui passe des profondeurs aquatiques à la terre des hommes par la grâce de la papauté.

Il convient enfin de remarquer que cette fontaine ne comporte aucune référence religieuse, le Triton est un monstre marin né de l'union de Poseidon, dieu de la mer et d'Amphitrite, une Néréide, souvent représentée chez les romains dans la mer au milieu des océans. Seule la présence de la tiare et des deux clés rappellent le christianisme personnifié ici par le pape Urbain VIII, dont le pouvoir devient alors quasiment miraculeux.

LE TEXTE D'OVIDE
(1) Cependant les vagues irritées s'apaisent. Le dieu des mers dépose son trident, et rétablit le calme dans son empire : il appelle sur ses profonds abîmes Triton, qui couvre d'écailles de pourpre ses épaules d'azur; il lui ordonne de faire résonner sa conque, et de donner aux ondes et aux fleuves le signal de la retraite. Soudain Triton saisit cette conque cave, longue et recourbée, qui va toujours s'élargissant, et qui, lorsqu'elle retentit du milieu de l’océan, prolonge ses sons des bords où le soleil se lève aux derniers rivages qu'il éclaire de ses feux.

Dès que la conque eut touché les lèvres humides du dieu dont la barbe distille l'onde, et qu'elle eut transmis les ordres de Neptune, les vagues de la mer et celles qui couvraient la terre les entendirent, et se retirèrent. Déjà l'océan découvre ses rivages; les fleuves décroissent et rentrent dans leur lit; et selon que les eaux s'abaissent, les collines se découvrent et la terre semble s'élever. Les arbres, longtemps submergés, montrent leurs cimes dépouillées de feuillages et couvertes de limon.

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