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mercredi 29 octobre 2014

LE BERNIN (16) LE MAUSOLÉE DU PAPE URBAIN VIII

SUITE DE L'ARTICLE PRECEDENT
La mort écrivant l'épitaphe

Au dessus de la Mort se trouve le piédestal qui porte la statue. Pour une fois, il ne comporte pas de courbes, il est organisé selon le modèle antique associant pilastres et entablement. Cependant, les pilastres sont sculptés en légère dénivellation pour adoucir et estomper les angles verticaux. l'entablement est composé de corniches décorées en surplomb qui établissent la primauté de l'horizontalité, comme si le Bernin avait voulu établir une ligne quasiment infranchissable entre la mort et la représentation du pape en pleine gloire.

De manière assez surprenante, cette barrière est pourtant franchissable puisque l'artiste a représenté deux abeilles, symboles de la famille Barberini, dont une sur la corniche s'apprête à passer d'un monde à l'autre ! Même à cet endroit, symboliquement verouillé, le sens du mouvement se trouve évoqué.

Le pape Urbain VIII  est représenté au faîte de sa puissance, avec un étonnant contraste avec la statue du mausolée de Paul III. Sa tête est redressée, il porte la tiare qui évoque la suprématie papale sur tous les souverains laïcs et sur le monde tant spirituel que temporel.

Le geste de la main droite est aussi très différent de celui de Paul III esquissant un geste de bénédiction ; Urbain VIII lève le bras droit dans un mouvement ample de protection qui semble s'adresser à la terre entière. Comme pour accompagner ce geste, le regard semble se porter vers cette même humanité et en particulier vers ceux qui élèvent les yeux vers la statue papale.

Le reste du corps est dissimulé par les lourds vêtements : aube aux fines plissures, pallium et lourde chape décorée de broderies, cette dernière formant un pli qui retombe sur les genoux et esquisse à peine la forme des jambes.

La feuille d'or rehausse les éléments importants et en particulier la tiare, ce qui semble estomper le visage du pape, comme si celui-ci s'effaçait pour ne laisser subsister que la puissance de son pouvoir manifesté par la triple couronne.

Ainsi se constitue le message ascendant du regard voulu par le BERNIN : même au delà de la mort personnifiée par le sarcophage et le cadavre, le pape continue du ciel à étendre sa protection sur les hommes.

Parallèlement  à cette lecture ascendante, il peut s'en effectuer une autre dans l'autre sens : elle semble signifier la vanité des choses de ce monde : ce Pape qui se voulait le prince le plus puissant de la terre n'est plus que ce sombre cadavre qui écrit son nom sur son épitaphe avant de s'allonger dans son linceul dans l'attente de sa résurrection.

Dans la perspective de ce double sens de lecture apparaît donc le double dessein du BERNIN :
   . montrer que la puissance terrestre se perpétue au delà de la mort dans la puissance céleste.
   . témoigner aux passants du même message que celui du cardinal de Lagrange, mort en 1402 : "Malheureux, quelle raison as-tu d’être orgueilleux ? Tu n’es que cendre, et tu seras bientôt comme moi un cadavre fétide, pâture des vers. »
À SUIVRE

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