NOUVEAU THÈME :
J'ai précédemment effectué divers articles sur les trois pays baltes que je trouve fascinant. il manquait à cette étude la description des trois capitales, Vilnius, Riga et Tallinn. voici d'abord mes impressions sur RIGA capitale de la LETTONIE.

REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
. Toutes les citations de mes articles proviennent de recherches sur les sites gratuits sur Internet

samedi 1 novembre 2014

LA VIE DE SAINTE THÉRÈSE D'AVILA (2)

LES PREMIÈRES VISIONS 

Pour Thérèse,  dans un premier temps, il fut très difficile de s'en tenir à l'itinéraire spirituel qu'elle s'était fixée : accéder par la prière et la méditation aux "choses de Dieu" comme elle l'écrit :

La vie que je menais était très pénible, parce qu'à la lumière de l'oraison je voyais mieux mes fautes. D'un côté Dieu m'appelait, et de l'autre je suivais le monde. Je trouvais dans les choses de Dieu de grandes délices, mais les chaînes du monde me tenaient encore captive; je voulais, ce me semble, allier ces deux contraires, si ennemis l'un de l'autre: la vie spirituelle avec ses douceurs, et la vie des sens avec ses plaisirs. J'avais à soutenir dans l’oraison une lutte cruelle, parce que l'esprit, au lieu de rester le maître, était esclave. Aussi je ne pouvais, selon ma manière de prier, m'enfermer au dedans de moi, sans y enfermer en même temps mille pensées vaines. 

C'est dans ces circonstances qu'elle a ses premières visions. Le récit qu'elle en fait dans son autobiographie est très surprenant car elle en donne non seulement la description mais surtout, elle en fait l'analyse.

Le jour de la fête du glorieux saint Pierre, étant en oraison, je vis, ou pour mieux dire, car je ne vis rien ni des yeux du corps ni de ceux de l'âme, je sentis près de moi Jésus-Christ, et je voyais que c'était lui qui me parlait. Comme j'ignorais complètement qu'il pût y avoir de semblables visions, j'en conçus une grande crainte au commencement, et je ne faisais que pleurer. Il me semblait qu'il marchait toujours à côté de moi; néanmoins, comme ce n'était pas une vision imaginaire, je ne voyais pas sous quelle forme. Je connaissais seulement d'une manière fort claire qu'il était toujours à mon côté droit, qu'il voyait tout ce que je faisais, et, pour peu que je me recueillisse ou que je ne fusse pas extrêmement distraite, je ne pouvais ignorer qu'il était près de moi.

 Thérèse va bien entendu s'adresser à son confesseur qui va lui poser les questions qui s'imposent dans de telles circonstances :  " Il me demanda sous quelle forme je le voyais. Je lui dis que je ne le voyais pas. « Comment donc, répliqua-t-il, pouvez-vous savoir que c'est Jésus-Christ? » Je lui dis que je ne savais pas comment, mais que je ne pouvais ignorer qu'il fût près de moi; je le voyais clairement, je le sentais" 

cette phrase est si ambigüe que le confesseur va s'en étonner et demander à Thérèse de lui préciser les choses : Thérèse lui répond, qu'elle ne le voit pas avec les yeux, ni avec les sens, ni même en imagination : "Notre Seigneur se montre présent à l'âme par une connaissance plus claire que le soleil. Je ne dis pas qu'on voie ni soleil ni clarté, non; mais je dis que c'est une lumière qui, sans qu'aucune lumière frappe nos regards, illumine l'entendement, sans se montrer sous une forme sensible," 

Plus loin, elle précise  " Notre Seigneur s'imprime dans l'entendement par une connaissance si claire, qu'elle semble exclure le doute. Il veut que cette connaissance...  produise une certitude plus grande que le témoignage des yeux; car pour ce qui frappe notre vue, il nous arrive quelquefois de douter si ce n'est point une illusion. Ici le doute peut bien se présenter au premier instant, mais il ... (apparaît) ...   une ferme certitude que ce doute est sans fondement.

Pour parfaire ses explications face à son confesseur, Thérèse va lui montrer que cette vision n'a rien à voir avec ce qui se produit lors des prières habituelles : lorsque l'on prie, la présence de Dieu " se fait souvent sentir " c'est ce qu'on peut qualifier " d'oraison d'union et de quiétude ... l’âme ne se met pas plus tôt en prière qu'elle trouve, à qui parler; elle comprend qu'on l'écoute, par les effets intérieurs de grâce qu'elle ressent, par un ardent amour, une foi vive, de fermes résolutions, et une grande tendresse spirituelle. Cette grâce est sans doute un grand don de Dieu, et ceux qui la reçoivent doivent extrêmement l'estimer, parce que c'est une oraison très élevée; mais ce n'est pas une vision. Les effets seuls indiquent la présence de Dieu; c'est une voie par laquelle il se fait sentir à l'âme." 

Ces propos peuvent sembler incompréhensibles à notre époque, par contre, ils étaient parfaitement intelligibles aux religieux du 16eme siècle en ce sens qu'ils font état de la pensée d'Aristote corrigée par saint Thomas d'Aquin ( cf, ces deux mots-clés dans ce blog) avec distinction entre trois niveaux :
   . Le monde de la PERCEPTION PAR LES SENS qui est commun aux hommes et aux animaux.
   . L' INTELLECT-AGENT : pour Aristote, la pensée pure, l'âme  réduite à son essence qui est immortelle en ce sens qu'elle n'a pas besoin de la perception par les sens pour "être".
   . Entre les deux, l'INTELLECT PASSIF : pour Aristote, c'est un intermédiaire entre le monde de la perception par les sens et l'intellect-agent : on perçoit des sensations et l'intellect-agent analyse ces sensations et les conceptualise. Il en est de même par saint Thomas d'Aquin qui pense que l'homme ne peut formuler des abstractions  qu'en partant de la réalité corporelle.

Si on transpose ces théories à ce qu'écrit Thérèse d'Avila, on retrouve sans peine la même hiérarchie :
   . Lorsqu'on accède à l'oraison d'union, on se trouve au niveau de l'intellect-passif, Dieu nous fait le don de sa grâce, on peut utiliser nos sens pour l'analyser en le transposant au moyen de nos outils mentaux et en particulier de ce que Thérèse appelle entendement,
   . Par compte, dans une vision, on accède directement au niveau de l'intellect-agent : ce qui rend cette vision intraduisible au moyen des sens et des outils habituels : ainsi s'explique les allégations de Thérèse qui voyait sans voir et surtout ses difficultés à rendre compte de ces visions par le langage habituel,

Quelle sera la réaction des confesseurs que Thérèse rencontrera ?

Selon l'autobiographie, ils n'ont guère de doute quant à la véracité des propos de Thérèse mais ils attribuent ses visions non à Dieu mais au diable, ce qui va les amener à lui imposer des mortifications de plus en plus sévères, à faire œuvre de volonté pour rejeter ses visions... Thérèse demande même à ses sœurs religieuses de lui jeter de l'eau bénite lors qu'apparait sur son visage les prémices d'une vision.

À cet égard, il convient de rappeler que l'église manifeste une méfiance instinctive envers tous ceux qui prétendent avoir un contact direct avec Dieu et qui pourraient, de ce fait,  être à l'origine de dangereuses déviations doctrinales ; la seule voie du salut est celle permise par l'enseignement de l'église.

D'autres confesseurs et en particulier les jésuites vont reconnaître la véracité des visions de Thérèse et lui donner la " voie spirituelle" lui permettant de progresser dans ses  transports mystiques.

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