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mercredi 21 juin 2017

Le bonheur selon Epicure (6)

Suite de l’article précédent

Dans la seconde partie de la lettre adressée à Ménécée, Epicure va aborder quelques grandes questions philosophiques (la mort, le cours de la vie, les Dieux, le destin et la Fortune) en montrant comment le sage doit se positionner à leurs propos.

Les conseils d’Epicure sont d’une étonnante modernité

Pour Epicure, il ne faut pas craindre la mort et s’angoisser à ce propos :  « tant que nous existons nous-mêmes, la mort n’est pas, et .., quand la mort existe, nous ne sommes plus. » dans ces conditions, la crainte de la mort est beaucoup plus douloureuse pour l’homme que la mort elle-même, Cette crainte, par l’angoisse qu’elle suscite, crée une profonde douleur et rend impossible la quête de l’ataraxie ; « On prononce donc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre non pas parce qu’elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu’il est douloureux de l’attendre ». De la même manière qu’il est possible de trouver le bonheur en transcendant ses souffrances , l'inéluctabilité de la mort conduit le sage à en faire une composante de sa recherche du bonheur ; à cet égard, Epicure va pousser son raisonnement jusqu’au bout en exprimant que « De même que ce n’est pas toujours la nourriture la plus abondante que nous préférons, mais parfois la plus agréable, pareillement ce n’est pas toujours la plus longue durée qu’on veut recueillir, mais la plus agréable » : mieux vaut vivre une vie courte mais agréable et intense qu’une vie longue, dépourvue de bonheur.

Cette idée d’Epicure va totalement à l’encontre de nos conceptions actuelles : nous agissons comme si nous étions immortels en amassant le plus possible de biens et de richesses comme si nous devions toujours en profiter ; j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes qui avaient frôlé de peu la mort, toutes avaient une opinion semblable à cette d’Epicure, « la vie est courte, disent-ils, mieux vaut en profiter au jour le jour ! »

La deuxième idée défendue par Epicure est celle du sens que l’on doit donner à notre vie : « Quant à ceux qui conseillent aux jeunes gens de bien vivre et aux vieillards de bien finir, leur conseil est dépourvu de sens ...parce que la vie a du bon même pour le vieillard ». Si on traduit cette prescription en langage actuel, on pourrait l’exprimer ainsi : les jeunes gens comme les vieillards ont un droit semblable au bonheur et à la recherche de l’ataraxie. Il n’y a pas d’âge pour cela.

Cette prescription serait particulièrement bienvenue si elle était appliquée à notre époque : partout, on entend des allégations du type : « je veux profiter de ma jeunesse et même m’étourdir en pratiquant tous les débordements qui sont à ma portée » ou « je suis vieux, je ne sers plus à rien, personne ne m’écoute quand je propose quelque chose, tout ce que je dis paraît suranné ! » Certains prétendent aussi que « les vieux coûtent chers et ne sont que des parasites qui vivent grassement grâce au travail des actifs » ou que « les jeunes ne savent plus rien faire et ne sont que des paresseux ou des fauteurs de troubles »

Epicure est évidemment aux antipodes de ces allégations de notre époque,; la recherche du bonheur et de la force tranquille de l’ataraxie s’effectue à tout âge et dans le même but « car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme », « celui qui dit que l’heure de philosopher (au sens de rechercher l'ataraxie) n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus »

Ainsi, se définit une philosophie de la vie qui concerne tous les membres de la société : la recherche du bonheur prime tout et doit s’effectuer dès la jeunesse jusqu'à l’extrême vieillesse. En ce sens, il n’y aurait plus de conflits de générations puisque tous suivront des voies parallèles vers un but unique, le bonheur. C’est un idéal de vie que l’on est loin de connaître au 21e siècle.

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