NOUVEAU THÈME :
J'ai précédemment effectué divers articles sur les trois pays baltes que je trouve fascinant. il manquait à cette étude la description des trois capitales, Vilnius, Riga et Tallinn. voici d'abord mes impressions sur RIGA capitale de la LETTONIE.

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dimanche 25 juin 2017

Le bonheur selon Epicure (8

Suite de l’article précédent

De ses conceptions concernant les dieux, il découle une nouvelle injonction d’Epicure à Ménécée à propos du destin : le sage « se moque du destin, dont certains font le maître absolu des choses», croire au destin est même pire que de croire aux dieux car, selon les foules, les dieux peuvent se laisser fléchir tandis que « le destin, dans son cours nécessaire, est inflexible »

Pour comprendre ce qu’Epicure entend par Destin, il faut se référer à la place particulière que le Destin, en tant qu’entité divine, tient dans la pensée grecque.

Dans la mythologie grecque (Homère et Hésiode), le destin est appelé, Moira.  Selon la théogonie  d’Hésiode, Moïra se décompose en trois entités dont il donne deux versions, celle des filles de la nuit et celle des filles de Zeus et de Thémis. Dans cette deuxième version, celle des filles de Thémis (puissance de la norme), ces entités se nomment Klotho, la fileuse, Lachesis qui prélude à l’attribution de ce qui sera la vie, Atropos, l’inflexible. Elles ne semblent pas être le destin lui-même mais en sont plutôt ses ministres.

Une métaphore permet de comprendre le sens à donner à leur action : à la naissance d’un enfant, la fileuse démêle dans l’amas indistinct de l’écheveau, un fil précis qui constitue le devenir de l’enfant, sa place dans la société, sa part de bonheur et de malheur qui lui permettront de  supporter les vicissitudes de la vie. Ce déterminisme n’est cependant pas total, il est un cadre dans lequel devra se développer l’existence humaine. Quand se produit une transgression de ce cadre (hybris) par un individu qui essaie de s’approprier la part d’autrui et manifeste de la démesure et de l’arrogance, la vengeance divine s’abat sur lui  et remet chacun  à la place que le destin a déterminé pour lui.

Le Destin préside non seulement au devenir des hommes mais aussi à celui des dieux qui reçoivent, outre l’immortalité, la part de puissance qui leur sera alloué.  Même les dieux ne peuvent s’opposer au Destin ; ainsi, dans l’Iliade, au chant VIII, on trouve mention de cette caractéristique : alors que se prépare une bataille entre grecs et troyens, Zeus doit obéir aux décisions du Destin : il « déploie ses balances d’or, il y place les deux destinées de la mort.. D’un côté est celle des Troyens, dompteurs de chevaux, de l’autre celle des Achéens aux cuirasses d’airain. Il éleva les balances… la destinée des Achéens toucha la terre nourricière et celle des Troyens monta vers le large Ouranos. Il roula le tonnerre immense sur l’Ida, et il lança l’ardent éclair au milieu du peuple guerrier des Achéens » qui furent alors vaincus.  ; Ainsi Zeus est obligé, selon l’Iliade, d'obéir au Destin pour décider qui sera vainqueur.

Epicure refuse cette domination absolue du Destin, il indique simplement que le Destin fournit « l’occasion et les éléments de grands biens et de grands maux » mais qu’il n’existe aucun déterminisme :  cette idée induit celle de la liberté de l’être humain ; au cours de sa vie, il est confronté à divers événements heureux ou malheureux, il peut réagir face à eux librement sans crainte une quelconque vengeance.

De cette idée, Epicure va tirer deux conséquences :

     . «L’avenir n’est ni à nous ni pourtant tout à fait hors de nos prises, de telle sorte que nous ne devons  ni compter sur lui comme s’il devait sûrement arriver, ni nous interdire toute espérance, comme s’il était sûr qu’il dût ne pas être. » : L’avenir ne nous appartient certes pas, nous ne savons pas ce qu’il sera, mais cela ne doit pas influencer notre comportement, et surtout entraver l’état d’ataraxie auquel le sage est parvenu. En outre, quel qu’il soit,  il y a toujours moyen de conserver face à lui la tranquillité de l’âme.

   . Le sage « pense qu’il vaut mieux échouer par mauvaise fortune, après avoir bien raisonné, que réussir par heureuse fortune, après avoir mal raisonné — ce qui peut nous arriver de plus heureux dans nos actions étant d’obtenir le succès par le concours de la fortune lorsque nous avons agi en vertu de jugements sains. ». Le bonheur ne pouvant se concevoir que dans la quiétude de l’âme, peu importe d’échouer, l’essentiel est d’avoir agir selon les préceptes de la raison et selon les trois valeurs cardinales, prudence, honnêteté, justice, c’est à ce prix que l’on pourra conserver son bonheur.

Encore une fois, il convient de noter l’étonnante actualité de cette conception du Destin. L’idée grecque de l’inflexibilité du Destin est toujours présente dans nos sociétés : combien de fois ai-je entendu des affirmations du type : « je n’ai pas de chance dans la vie, j’ai l’impression d’être maudit, qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter cela ! ». A ces allégations, Epicure enseigne que rien ne peut troubler la quiétude de l’âme qui seule permet de sublimer les coups du sort. Il conclut en écrivant : à ce prix  « jamais tu n’éprouveras le moindre trouble en songe ou éveillé, et tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Car un homme qui vit au milieu de biens impérissables ne ressemble en rien à un être mortel. »

Si un  tel message était entendu par notre société actuelle qui passe son temps à courir après le temps, à vouloir forcer l’avenir à être tel qu’on le prétend le construire, il est probable que l’on serait beaucoup plus heureux !

FIN DE LA SÉRIE D'ARTICLES A PROPOS D'EPICURE

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