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mardi 12 décembre 2017

LITUANIE (13) histoire d’une grandeur perdue

LA PÉRIODE ALLANT DE 1569 (Union de Lublin) à 1667  (trêve d’Androussovo)

Cette dernière période est placée dans la continuité de la précédente ;  selon moi, elle comporte trois caractéristiques :
     . L’effacement progressif de la spécificité lituanienne,
     . La paralysie croissante des institutions politiques de la République des deux Nations,
     . L’exacerbation de la volonté de conquête des pays limitrophes de la République.

La Lituanie, à cette époque, se mit de plus en plus à ressembler à la Pologne : les nobles qui dominaient la société, se polonisèrent, il ne s’agit pas d’une polonisation forcée mais, beaucoup plus, du choix des nobles lituaniens eux-mêmes.  La culture polonaise envahit alors le pays, ravalant la langue lituanienne au rang de simple dialecte. De même, les modes de vie des nobles lituaniens se calquèrent sur ceux des magnats polonais.

Cet effacement de la Lituanie se marqua également par une autre caractéristique : les instances politiques se trouvaient désormais en  Pologne ; de même, c’était la Pologne qui fut impliquée directement  par les conflits, la Lituanie se contentant de subir les décisions, les invasions et les pillages consécutifs aux  guerres menées ou subies par la Pologne.

La paralysie croissante des institutions politiques est due au fait que la diète polono-lituanienne parvint à imposer deux nouvelles règles :
     . En 1572, date de la mort du dernier descendant de Jagellon, Sigismond Il Auguste, le sénat et les députés  réussirent à faire adopter le principe de l’élection du roi. On s’achemina désormais vers un système parlementaire mais qui n’était  aucunement démocratique puisque les deux chambres étaient dominées par les nobles, grands propriétaires terriens soucieux, comme je l’ai écrit précédemment, de la préservation de leurs privilèges.
     . En 1652, les deux assemblées feront accepter  le principe du « Liberum Veto » : au nom de ce principe, un seul membre de la diète, s’il s’oppose à une décision, avait le pouvoir de la fait annuler. Le principe d’unanimité devint l’unique moteur de la politique de la République, ce qui rendit pratiquement impossible toute décision même en cas de guerre.

La  paralysie croissante du pouvoir politique de la République des deux Nations encouragea les puissances riveraines à s’attaquer à elle :
     . La Russie aspirait à rétablir l’unité de l’ancienne Rus, elle prétendait que la conquête de ses terres par la Lituanie n’avait été qu’un pis-aller ayant permis de chasser les mongols, maintenant, les Tzars considéraient qu’ils devaient  récupérer ces territoires soit pas la conquête, soit en vassalisant le pays.
     . La Suède voulait faire de la Baltique un lac suédois, et donc espérait s’emparer du littoral balte.
Ces puissances ne vont pas seulement s’attaquer à la République des deux Nations, elles  se livrèrent aussi entre elles  à des guerres afin de se partager les dépouilles.

Cette double conjonction fit que la Pologne-Lituanie perdit à nouveau de nombreux territoires mentionnés sur la carte au moyen de lettres :
     . A : La Livonie,  jusqu’alors duché vassal de la Lituanie, a été, pour la plus grande partie, cédée à la Suède en 1629, la République des Deux Nations  n’en conservant que sa partie sud-est appelé le Latgale (1).
     . B : La Pologne-Lituanie qui avait réussi à reprendre Smolensk en profitant du temps des troubles ayant suivi la mort d’Ivan 4 le Terrible, perdit à nouveau ce territoire lors de la première guerre du Nord appelée aussi le déluge (2) qui se termine à la trêve d’Androussovo de 1667.
     . C : Lors de cette même trêve, la Pologne dût céder à la Russie la partie de l’Ukraine située à l’est du Dniepr ainsi que le territoire entourant Kiev situé sur la rive occidentale,
     . D : En 1667 aussi, la Pologne renonça à sa suzeraineté sur le duché de Prusse possédé depuis 1618  par héritage et à titre personnel par l’électeur de Brandebourg. Seule la Courlande resta désormais sous suzeraineté polonaise (3)

Cet état quasiment perpétuel de guerre va ruiner la Lituanie, comme en témoigne l’auteur anonyme du « chant  sur Janusz Radziwiłł » qui décrivit Vilnius au lendemain de sa prise par les troupes russes le 8 août 1655, c’est-à-dire dire après que, selon de nombreux témoins, massacres et pillages se fussent prolongés pendant dix-sept jours :

Notre capitale, notre Wilno bien-aimée, elle qui n’était que beautés, abondance et richesse :
Les églises les opulentes demeures pillées, les hôtels nobles réduits en cendres.
Le sang innocent coulant à flots, celui des enfants et des mères tués à coups de sabre.
Nombreux gisaient moines et moniales au pied de chaque église.

A suivre : le premier partage de la Pologne de 1772

(1) Traité d’Altmark qui met fin à la guerre entre la Suède et la république des deux Nations (1626-1629)

(2) Le déluge appelée aussi la première guerre du Nord :
- Cette guerre est née en 1654 de la révolte des cosaques de l’Ukraine polonaise contre la République. Les cosaques demandèrent l’aide de la Russie qui profita de l’aubaine pour décider que l’Ukraine serait désormais placée sous protectorat russe. Les russes envahirent la République et en occupèrent  la moitié orientale. La Suède profita de cette situation pour envahir à son tour, sans motif réel, la moitié occidentale.
- La fin de la guerre se produisit  en deux temps : le roi Jean 2 Casimir fit la paix avec les suédois par le traité d’Oliva qui maintint le statut quo, puis les armées polonaises se retournèrent contre les russes. Les offensives polonaises permirent de récupérer une partie de l’Ukraine, ce qui conduisit les russes à accepter une trêve à Androussovo

(3) Lors « du déluge », le Brandebourg avait fait alliance avec la République des deux Nations pour luter contre les suédois et obtenu que la Pologne lui cède sa suzeraineté sur le duché de Prusse

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