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mercredi 27 décembre 2017

NOËL (3) paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Le tableau de Rubens (1577-1640),  artiste flamand de l’époque baroque, représentant l’adoration des bergers, comporte un phylactère tenu par les anges sur lequel est écrit un texte en latin tiré de la Vulgate et  qui se réfère à l’Evangile selon Saint Luc (2-14)  :

Gloria in altissimis Deo et in terra pax in hominibus bonae voluntatis

Cette phrase correspond à un épisode de la Nativité : celui de l’apparition de l’ange aux bergers leur annonçant la naissance de l’enfant qui fut suivie de la venue d’une "troupe céleste innombrable qui louait Dieu" en proclamant la phrase indiquée sur la banderole représentée sur le tableau.

Si on la traduit littéralement, on obtient la formule : «  gloire au Dieu très haut et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Si, par contre, on recherche la traduction de cette phrase dans l’Evangile tel qu’il est actuellement utilisé, on trouve :

13 Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » parfois, on trouve aussi la formule : « et paix sur la terre aux hommes qu’Il agrée »

En ce qui me concerne, si je l’analyse par un raisonnement logique indépendamment de tout sentiment religieux,  je constate que ce  changement de formule est essentiel et ne correspond pas à une simple évolution sémantique.

Dans l’interprétation «paix sur la terre aux hommes de bonne volonté », ce sont tous les hommes de bonne volonté qui  bénéficieront de la paix que Dieu offre ; c’est donc à l’homme à faire les efforts nécessaires pour que la paix soit établie, il s’agit d’une conception optimiste de l’être humain et de sa capacité de libre arbitre entre le bien voulu par Dieu et le mal infligé par le démon en punition des péchés. Cette idée induit aussi un corollaire : la paix s’étendra à tous les hommes, non seulement les chrétiens mais aussi tous les autres, pour peu qu’ils soient de bonne volonté ;

La deuxième version  « paix sur la terre aux hommes qu’il aime (ou qu’il agrée) » redonne, à l’inverse de la précédente, à Dieu la place prépondérante, c’est Dieu qui donne la paix à ceux qu’il aime, ce concept présente une grande ambiguïté avec deux interprétations possibles :
     . On peut penser d’abord à une conception restrictive : Dieu choisit les hommes qu’il aime et leur donne sa paix ce qui sous-entend que les hommes que Dieu n’aime pas pourrons s'entre-tuer sans que cela gêne. On retrouve ici le dualisme biblique entre le peuple élu des hébreux et tous les autres peuples qui peuvent subir l’anathème comme cela fut accompli lors de la prise de Jéricho.
   . L’église catholique éprise d’universalisme, ne peut évidemment cautionner une telle interprétation : elle prône que tous les hommes sont aimés par Dieu de la même manière et donc qu’Il propose sa paix à tous, mais que certains n’écouteront pas les commandements de Dieu et seront la source de tous les maux.

Dans la première version, c’est  donc par la bonne volonté des hommes que sera établie la paix, dans la seconde version c’est de l’unique grâce de Dieu qu'elle proviendra.

Comment une différence d’appréciation a-t-elle pu se produire ? Pour le comprendre, il faut se référer au texte grec de l’évangile selon Saint Luc et donc citer le texte grec du verset 14 :

Δόξα έν ύψιοτοτοις θεών, καί έπί γής είρήνη : έν άνθρώποις εύδοκία 

N’ayant pas la prétention d’être un philologue, je me suis référé aux études qui ont été faites à ce propos ; voici ce que j’ai compris : Il existe deux versions différentes de ce verset 14 et qui tiennent à son dernier mot pour lequel on trouve deux orthographes :  εὐδοκία ou  εὐδοκίας. Ce mot signifie bienveillance, bonne volonté, complaisance.

Dans le premier cas, le mot est un nominatif (sujet ou attribut du sujet), dans le deuxième cas c’est un génitif (complètement de nom). De chacun des deux cas, résulte une combinaison différence des mots bonne volonté, paix et hommes :
   . Avec le nominatif, εύδοκία on aura la combinaison : paix sur la terre, bonne volonté, hommes, ce qui sous-entend que c’est de la bonne volonté  de Dieu que la paix s’établit
   . Avec le génitif, εὐδοκίας, la combinaison est différente : homme, bonne volonté, paix sur la terre sous-entend que c’est la bonne volonté des hommes qui établit la paix.

Selon ce que j’ai pu en lire, cette différence pourrait provenir d’une erreur de copiste qui se serait ensuite répercutée sur les manuscrits qui ont suivi.

Le problème se pose évidemment de savoir laquelle des deux versions est la bonne.

Pour tenter de me faire une opinion, j’ai consulté  le manuscrit appelé «  codex Sinaiticus » datant du milieu du  4ème siècle : il utilise le mot εὐδοκίας, et donc le génitif ce qui correspond à l’interprétation : « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » et à sa traduction latine mentionnée sur le tableau de Rubens (1)

Pour ma part, c’est cette version que je préfère, ce sont aux hommes à manifester de la bonne volonté pour que la paix de Dieu s’établisse sur terre. Malheureusement on en est loin !

(1) Cette version est d’ailleurs celle approuvée par le pape Paul Vl suite au concile Vatican ll.

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