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lundi 8 janvier 2018

LITUANIE : la colline des croix (1)

La colline des croix est un endroit qui ne peut laisser indifférent à la fois par son surprenant aspect mais aussi par tout ce qu’elle signifie. Je me suis souvent posé la question de savoir si un peuple était capable de résister à un dictateur ou à un oppresseur, il existe certes des révoltes plus ou moins spontanées mais celles-ci se terminent soit par des massacres soit par la récupération de la révolte par d’autres oppresseurs qui établiront à leur tour leur dictature. Pourtant d'autres formes de révoltes ont aussi existé comme celle  de Gandhi et de la non-violence ;  l’érection de milliers de croix sur la colline du même nom en Lituanie témoigne du même procédé, celui de la résistance passive.

A partir de 1795, date du troisième partage de la Pologne-Lituanie, la Lituanie devint une possession de l’empire russe ; après un court intervalle d’indépendance entre 1919 et 1940, le pays fut envahi par l’armée rouge et devint une République soviétique assujettie de manière implacable aux dirigeants communistes de Moscou. (voir mes articles sur l'histoire de la Lituanie)  Pourtant, même sous le joug russe, les lituaniens n’oublièrent jamais qu’ils constituèrent autrefois un grand pays, fier de ses origines et de sa spécificité. Pour eux, planter une croix sur la colline fut un moyen comme un autre de prouver son identité et sa cohérence nationale.

Cette colline, originellement surmontée d’un petit château en bois, est devenue un symbole de résistance à l’oppression russe ; plusieurs hypothèses ont été émises à ce propos, les uns pensent que les croix ont été plantées lorsque la hiérarchie russe orthodoxe interdit de planter des croix dans les cours des maisons, d’autres indiquent qu’après les révoltes de 1831 et de 1863, les croix ont été plantées en mémoire des insurgés exécutés par l’armée impériale.

Il va de soi que les autocrates  étrangers ne pouvaient accepter cette résistance passive contre leurs diktats. Ce fut le cas en particulier du pouvoir soviétique. Les communistes tentèrent à maintes reprises de détruire les croix, ils les arrachèrent au bulldozer et les brûlèrent, faisant table rase sur la colline ; ce fut en vain, quelques temps après le saccage, la colline  était à nouveau couverte de croix. Par ce moyen, les lituaniens manifestaient, malgré l’oppression, leur vif sentiment d’exister en tant que nation.

Dans cette perspective, on pourrait imaginer que ces croix témoigneraient plus d’une préoccupation politique que d’une manifestation religieuse ; en fait, ce n’est pas le cas : ériger des croix était aussi pour les lituaniens un moyen d’affirmer leur spécificité catholique  face à l’orthodoxie comme face à l’athéisme.

Depuis 1990, la Lituanie a retrouvé son indépendance et la liberté, cependant la colline des croix n’est pas oubliée, elle reste encore un symbole de l’unité d’une nation qui s’est retrouvée après une longue lutte pour secouer le joug qui l’asservissait. Mais elle est devenue surtout le lieu où l’on célèbre la paix et l’harmonie entre les peuples sous l’égide de la croix.  C’est en particulier ce que le pape Jean-Paul II,  venu en 1993, proclama en faisant de la colline un témoignage universel que « l’homme ne peut se comprendre profondément sans le Christ et sans sa Croix » 

Depuis la venue du pape, la colline est devenue un lieu de pèlerinage et il est probable que, le temps passant, les grands concepts idéologiques ont cédé  la place à la formulation de vœux plus personnels.

A suivre.

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