NOUVEAU THÈME :
J'ai précédemment effectué divers articles sur les trois pays baltes que je trouve fascinant. il manquait à cette étude la description des trois capitales, Vilnius, Riga et Tallinn. voici d'abord mes impressions sur RIGA capitale de la LETTONIE.

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lundi 2 avril 2018

Le stoïcisme d' EPICTETE :un art de vivre (4)

LE DUALISME « CE QUI DÉPEND DE NOUS, CE QUI NE DÉPEND PAS DE NOUS »

Ce double concept procède directement de ce qui a été évoqué dans l’article précédent : il faut vivre dans l’état d’ataraxie quelque soit sa vie quotidienne et en ne sachant pas quel est son destin.

Cela peut paraître paradoxal : Comment en effet, peut-on jouir de la paix et du bonheur quand on est un prisonnier politique torturé pour obtenir de lui des aveux pour des crimes qu’il n’a pas commis ? Comme être serein quand on doit tout quitter pour se réfugier dans un pays où on sera en butte à la haine et au racisme ?

Pour résoudre cette apparente impossibilité, l’idée fondamentale d’Epictète, réside dans le dualisme «ce qui dépend de nous ». « Ce qui ne dépend pas de nous » celui-ci est exprimé dès le début du manuel :
   . 1. « Des choses,  les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions, en un mot tout ce qui est opération de notre âme ; ce qui ne dépend pas de nous, c’est le corps, la fortune, les témoignages de considération, les charges publiques, en un mot tout ce qui n’est pas opération de notre âme. «
   . 2. « Ce qui dépend de nous est, de sa nature, libre, sans empêchement, sans contrariété ; ce qui ne dépend pas de nous est inconsistant, esclave, sujet à empêchement, étranger."

Ces deux aphorismes contiennent l’essentiel de la doctrine d’Epictète :

"Ce qui ne dépend pas de nous" et dont nous sommes esclave, comporte trois composantes :
   . Notre propre corps,
   . Notre destinée qualifiée de son nom latin de Fortune,
   . Nos rapports avec autrui, la perception que les autres peuvent avoir sur nous et l’environnement social et politique qui nous est imposé.

Nous ne sommes libres que dans ce qu’Epictète appelle les « opérations de l’âme ». Il en cité deux  types :
   . Nos tendances avec leurs deux composantes du désir et de l’aversion.
   . Nos jugements qui transforment nos tendances en réalité au moyen de la volonté.

C’est à partir de ce dualisme, « ce qui dépend de nous, ce qui ne dépend pas de nous » qu’Epictète va élaborer sa philosophie comme le montrent les deux aphorismes suivants :

    .3. « Souviens-toi donc que si tu regardes comme libre ce qui de sa nature est esclave,… tu seras contrarié…, tu t’en prendras et aux dieux et aux hommes ; mais…  si tu regardes comme étant à autrui ce qui, en effet, est à autrui, personne ne te contraindra jamais, …  tu n’accuseras personne, tu ne feras absolument rien contre ton gré… »
   . 5 : « ..quand nous sommes contrariés, troubles ou peinés n’en accusons jamais d’autres que nous-mêmes, c’est-à-dire à nos propres jugements, il est d’un ignorant de s’en prendre aux autres de ses malheurs »

Exprimé dans notre langue actuelle, on peut déterminer facilement le cheminement qui est sous-entendu par ces deux aphorismes. On peut,  pour le montrer, prendre l’exemple du désir : 

        . Dans un premier temps, l’âme ressent en elle un désir, cela est parfaitement admissible puisqu’elle agit dans le cadre de sa liberté, à ce niveau tous les désirs sont possibles.
         . Ce désir doit être alors passé au crible de notre jugement :
                - Dans le cas où ce désir « dépend de nous », et correspond à la mise en œuvre d’une valeur de notre esprit, il sera possible de le satisfaire sans aucune entrave.
               - Dans le cas où ce désir « ne dépend pas de nous », deux solutions sont possibles :
                         - On passe outre à ce fait et on agit en aveugle, sans chercher à savoir  s’il correspond à notre destinée ; dans ce cas, on risque d’être malheureux si la résolution de ce désir est hors du chemin tracé par celle-ci,
                         - On cherche en soi, dans son âme dirait Epictète, une valeur qui permette de contrebalancer ce désir afin de conserver sa liberté. La volonté accomplira alors le choix effectué par l’esprit.

Cette dernière alternative que l’on peut qualifier de libre-arbitre est parfaitement illustrée dans les aphorismes suivants :

   . 10 : « A chaque occasion qui se présente, replié-toi sur toi-même et cherche quelle faculté tu as en toi pour te conduire, si tu trouves une belle femme, tu trouveras en toi la faculté de la continence, s’il se présente une fatigue à supporter, tu trouveras celle de l’endurance ; une injure, tu trouveras celle de la patience »
   . 44 : « quand une idée de plaisir se présente à ton esprit… prends garde de te laisser emporter, diffère d’agir, et obtiens de toi-même quelque délai, puis représente les deux moments, celui où tu jouiras du plaisir et celui, où après en avoir joui, tu t’en repentiras, et t’accablera toi-même de reproches met en balance la joie que tu éprouveras à t’abstenir et les félicitations que tu t’adresseras »

A ce stade du raisonnement, on pourrait penser que l’être humain subit un déterminisme total sans aucune échappatoire : puisque l’homme ne connait  pas ce que le Destin lui réserve, il devrait  se laisser porter par l’existence sans réagir aux coups du sort, il ne devrait  jamais tenter d’entraver celui-ci puisque tout arrivera comme la destinée l’a prévu sans que l’on ne puisse rien y faire. C’est à ce prix seul qu’il pourra acquérir l’ataraxie.

En fait, ce déterminisme  est moins aveugle qu’il ne paraît car l’homme peut réussir à  deviner ce que lui réserve le destin grâce à l’outil essentiel de son âme pour lequel il possède une totale liberté, la raison :

   . 22 : « attache-toi à ce qui te paraît le meilleur, avec la conviction que la divinité t’a assigné ce poste »

La démarche philosophique d’Epictète  peut se résumer ainsi : je jouis d’une pleine liberté de l’âme mais je ne dois l’utiliser que dans les limites de ce qui dépend de moi.

A suivre...

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