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jeudi 28 juin 2018

LA « TENTATION DE SAINT ANTOINE » DANS L’ART (11) : une peinture de SALVATOR ROSA

Suite de l’article précédent

Le tableau de Salvator Rosa (1615-1673) évoque également la seconde tentation, celle de l’attaque des démons transformés en animaux enragés. A la différence du panneau du retable de Matthias Grünewald qui représente la fin de la tentation et l’apparition de Jésus, le tableau de Salvator Rosa en décrit le début, celui de l’arrivée des démons.

Antoine (1) est allongé  sur une couche en peau non tannée posée à même le rocher. De la main droite, il brandit une croix afin de tenter de repousser les démons. La cabane, citée par Saint Anastase, n’est pas figurée, comme si le peintre voulait se cantonner à l’essentiel en négligeant tous les accessoires qui pourraient détourner l’attention du spectateur. Au pied de la couche, est représenté un livre (2) ainsi qu’un crâne, celui-ci est un attribut habituel de ceux qui méditent sur la mort.

Au centre du tableau, est peint le premier démon  arrivé devant Antoine (3) ; c’est un être hybride associant un crâne allongé de reptile, des défenses de sanglier, un cou annelé de serpent,  des bras pourvus de trois articulations à la manière des araignées ou des squelettes d’ailes d’oiseaux. Le reste du corps est celui d’un humain filiforme, presque squelettique, à l’exception toutefois d’une longue queue.

A droite, sont représentés d’autres démons qui se préparent à rejoindre le premier arrivé. Ils émergent d’un amas sombre indifférencié et aux limites floues ; cet amas ressemble à une nuée mais il doit plutôt figurer un rocher permettant aux démons d’émerger du monde infernal. Le fait que ce rocher soit à peine visible procède de la même intention que l’absence de figuration de la cabane d’Antoine : rien ne doit distraire le regard du spectateur afin qu’il se concentre sur l’essentiel, la tentation de l’ermite.

Ces démons sont représentés les uns au-dessus des autres ; de bas en haut, se trouve :
   . Un démon hybride à demi sorti des profondeurs infernales (4), il possède des pattes d’araignée, une tête d’araignée dont les cheliptères se terminent par des mains, un cou de serpent ; une de ses ailes est déployée tandis que l’autre n’est pas encore sortie du rocher.
  . Au-dessus, se trouve un démon (5) ayant une tête d’homme ressemblant à celles des démons sculptés dans les églises romanes. A peine hors du rocher, il tend un bras aux mains terminées par des griffes comme s’il voulait immédiatement agresser l’ermite.
   . Il est surmonté d’une tête de démon grimaçante (6) s’apprêtant également à sortir du rocher.
   . Enfin, le dernier démon peint au-dessus, a pris l’aspect d’un ours (7).

Lorsqu’on regarde ce tableau sobre et dépouillé se cantonnant à l’essentiel, on se sent mal à l’aise, il s'en dégage  en effet, un réalisme morbide sans échappatoire et sans aucune lueur d’espoir.

Cette impression est rendue par deux techniques picturales :
   . Le clair-obscur, mis à la mode par Le Caravage,  que l’on retrouve dans toutes les œuvres du peintre, se caractérisant ici par un ciel crépusculaire chargé de nuages noirs.
   . La lumière latérale qui amplifie encore l’effet sobre et dépouillé de la scène  et éclaire de manière différenciée les trois éléments principaux du tableau, Antoine, la croix et le démon central.

Antoine n’est, en effet, que  partiellement éclairé, la lumière met en valeur son crâne, ses bras, une de ses jambes, le crâne et le livre qui se trouvent près de lui ainsi que sa couche, le reste est dans la pénombre ; il en est de même de  la croix qui n’est éclairée que sur le revers ; par contre, le démon est presque totalement mis en valeur par la lumière qui éclaire en particulier sa tête jusqu’à la rendre presque blanche.

Cette utilisation différenciée de la lumière donne sa signification au tableau et sécrète en nous un profond pessimisme : le déséquilibre des forces est patent et favorise les démons : dans le combat qui s’annonce, la défaite d’Antoine semble inéluctable.

NOTE
Une peinture de Salvador Dali sur le même sujet reprend le même thème :
   . Antoine est représenté nu dans un coin du tableau, tenant la croix,
   . Un démon ayant l’aspect d’un cheval s’apprête à l’écraser de ses sabots,
   . Un cortège d’éléphants suit portant, pour le premier,  une femme nue exhibant ses attributs et pour le second, un obélisque,
   . ils sont suivis de deux éléphants portant une église à coupole à l’intérieur de laquelle se trouve une femme nue tandis qu’au-dessus, une femme souffle dans une trompette de la renommée.
   . au lointain  un éléphant portant une tour s'approche.

Certes le tableau de Salvador Dali n’a guère à voir avec le texte de saint Anastase, pourtant, il témoigne de la pérennité de la tentation d’Antoine jusqu’au 20e siècle.

Prochain article : la tentation de saint Antoine de JÉRÔME BOSCH

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