LES CONCEPTEURS DES GÉNOCIDES (suite et fin)
En conclusion, il me reste à mesurer si dans la durée de leur action, on peut discerner chez les concepteurs de génocides et de massacres de masse une évolution de la manière dont évolue leur liberté ontologique. Selon moi, ils subissent une lente mais inéluctable mutation de celle-ci avec perte progressive de la connaissance de leur être en soi.
Au moment de la phase d'élaboration de leurs valeurs, ils disposent de leur totale liberté ontologique, d’abord au niveau du choix de leurs valeurs ensuite par le classement de ces valeurs qui leur permet de se fixer un cadre de vie.
Cette élaboration, effectuée en toute liberté va devoir se conjuguer avec les critères moraux de la vie sociale et en particulier avec les notions de bien et de mal :
. Si la hiérarchie de leurs valeurs les conduit au génocide et aux massacres de masse, c’est qu’ils ont privilégié le mal en tant que critère social,
. Si la hiérarchie de leurs valeurs les conduit à vouloir privilégier la paix et l’harmonie dans une société apaisée, c’est qu’ils ont choisi le bien en tant que critère social.
Lors de leur choix, ils disposent toujours de leur totale liberté puisque ce choix de vie correspond exactement à la hiérarchie de leurs valeurs en soi.
C’est au fur et à mesure que se développe l’action que l’on va voir apparaître une différence entre ceux qui ont privilégié le bien et ceux qui ont choisi le mal :
. Ceux qui ont choisi le mal social vont devenir très vite le jouet de leur entourage comme je l’ai écrit dans l’article précédent ; la camarilla de courtisans qui les entoure va les couper de toute réalité en les empêchant de remettre en cause et de faire évoluer selon les circonstances les valeurs en soi qu’ils avaient élaborées en toute liberté. Il se produit alors une sclérose progressive de ces valeurs, le cheminement vers « l’être en soi » se coupe peu à peu, les concepteurs de génocide et de massacres de masse deviennent esclaves de leurs valeurs sans pouvoir même imaginer qu’elles ont pu devenir obsolètes, ils ne sont désormais ni libres ni maîtres de leur destin.
. Ceux qui choisissent le bien entrent souvent en conflit avec leur entourage qui tente d’imposer leur soif de vengeance, ils refusent de subir aucune influence négative, ils choisissent de s’entourer de personnes qui ont le même état d’esprit qu’eux et savent que leurs critiques seront constructives. Ils sont encore capables de tenir compte de ces critiques, de cheminer vers leur « être en soi » et de faire évoluer si nécessaire les « valeurs en soi » ; selon les critères que j’ai établis précédemment, ils restent totalement libres tant en eux-mêmes que vis à vis de la société. ,
Le contre-exemple des génocidaires me permet de formuler cet aphorisme : Est parfaitement et totalement libre celui qui est capable de mettre en harmonie le choix et le classement de ses valeurs en soi et les nécessaires contingences de la vie sociale. Si tous ceux qui ont, à quelque niveau que ce soit, une fonction de dirigeant méditait cette idée, le monde n’en serait que meilleur !!
REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
. Toutes les citations de mes articles proviennent de recherches sur les sites gratuits sur Internet
Mon blog étant difficilement trouvable par simple recherche sur internet, voici son adresse : jeanpierrefabricius.blogspot.com
dimanche 12 juin 2016
samedi 11 juin 2016
LA LIBERTÉ (43) ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
LES CONCEPTEURS DES GÉNOCIDES (suite)
Avant une conclusion finale, Il me reste, pour clore ce chapitre consacré à la liberté de choix entre le bien et le mal, à montrer comment à partir des valeurs de « l’être en soi », on peut devenir un initiateur de génocide. En effet, tous ceux qui ont vécu des moments difficiles dominés par l’iniquité et l’injustice et qui ont élaboré des « valeurs en soi » dont certaines d’entre-elles auraient pu mener au génocide ne sont aucunement passé à l’acte ; pourtant, ils ont réussi à faire évoluer la situation de leurs contemporains sans haine ni violence et à créer une nouvelle société ; c’est le cas, entre autre, du Mahatma Gandhi qui délivra l’Inde de la colonisation anglaise par la non-violence , du Pape Jean Paul II qui redonna confiance au polonais dans leur lutte pour leur liberté et surtout de Nelson Mandela.
Le cas de Nelson Mandela est à cet égard exemplaire ; après des années de lutte contre le système de l’apartheid, il fut longuement emprisonné dans des conditions inhumaines d’isolement. Lors de sa libération, il aurait pu organiser le massacre de ses tortionnaires blancs, ce qui aurait mené à un génocide. Il ne le fit pas, pardonnant à ses bourreaux pour peu qu’ils reconnaissent leurs erreurs et leur offrant de vivre en paix et en harmonie les uns avec les autres dans une société réconciliée.
Pourquoi Nelson Mandela n’a-t-il pas initié le massacre des blancs ? Tout simplement parce qu’il avait placé au premier plan de ses « valeurs en soi » la compassion envers tous les êtres humains qu’ils soient victimes ou tortionnaires. Cette valeur prima sur toutes les autres dans ses choix d'action.
Ainsi, à partir de la même base de départ, celle du refus de la situation existante dans laquelle ils vivaient, s’est produit une différenciation entre les uns qui agirent pacifiquement et les autres qui organisèrent des massacres de masse au nom de leur idéal. Alors se pose la question de savoir pourquoi les concepteurs de génocide n’ont-ils pas suivi la même voie que Mandela ou Gandhi ? Cela pourtant aurait pu être possible : Hitler par exemple dans « Mein Kampf » évoque le sentiment de tolérance et d’humanité qui étaient en lui avant qu’il ne se forge une panoplie de valeurs aux antipodes de ses premiers concepts.
Selon moi, il existe trois raisons dominantes :
La première est qu’ils avaient élaboré le projet d’un monde nouveau si conséquent qu’il en devenait utopique : les uns l’avaient basé sur la supériorité d'une race sur les autres , d’autres voulaient créer un monde meilleur où tous les êtres humains seraient libres, égaux et heureux (société communiste), d’autres encore voulait transformer l’humanité afin de favoriser le plus vite possible la venue d'un être surnaturel qui pourrait sauver le monde...
La deuxième raison tient au fait que de tels projets étaient si démesurés dans leurs ambitions que leurs concepteurs décidèrent d'accélérer le cours de l'histoire afin d’en voir de leur vivant la concrétisation : l’exemple des dirigeants communistes responsables de massacres de masse est révélateur de cet état d’esprit.
Marx avait placé dans la durée la création de la société communiste et construit un scénario historique qui verrait successivement une phase de luttes révolutionnaires du prolétariat contre le capitalisme puis une longue phase de dictature du prolétariat chargée de préparer l’avènement d’une société communiste dans laquelle tous seraient libres et heureux.
Les dirigeants communistes, pressés d’arriver le plus vite possible au but final, ne respectèrent pas le schéma prévu par Marx :
. Lénine imposa à son pays la dictature du prolétariat alors que le capitalisme n’était que naissant,
. Staline imposa par la force aux campagnes russes la collectivisation à des paysans qui n’avaient pas été préparé pour cette réforme.
. Pol Pot voulut de son vivant créer directement la société communiste dans son pays sans passer par les phases prévues par Marx.
Dans les trois cas, ces décisions conduisirent à l’exécution de tous ceux qui résistèrent et à la mort de millions de personnes.
Cette même volonté d’accélérer le cours de l’histoire se remarque chez Hitler qui se plaignait de son âge et avait peur de mourir avant d'avoir vu la concrétisation de cette évolution historique qu'il voulait imposer, ainsi, la « solution finale du problème juif » n’intervint qu’en 1942 ; auparavant, divers projets avait été élaborés pour rendre l’Allemagne « judenfrei » dont la déportation des juifs à Madagascar, tous ces projets étaient trop lents, il fallait en finir par une politique plus radicale qui fut celle de l’extermination.
La troisième raison est que ces concepteurs de génocide et de massacres de masse furent de plus en plus coupés de la réalité par un écran de courtisans serviles et pressés de faire du zèle pour obtenir des faveurs, n'hésitant pas à ordonner de terribles massacres pour plaire à leurs maîtres : un concepteur de génocide n’est rien s’il n’a pas autour de lui des exécutants qui accomplissent servilement ses idées.
A suivre ...
Avant une conclusion finale, Il me reste, pour clore ce chapitre consacré à la liberté de choix entre le bien et le mal, à montrer comment à partir des valeurs de « l’être en soi », on peut devenir un initiateur de génocide. En effet, tous ceux qui ont vécu des moments difficiles dominés par l’iniquité et l’injustice et qui ont élaboré des « valeurs en soi » dont certaines d’entre-elles auraient pu mener au génocide ne sont aucunement passé à l’acte ; pourtant, ils ont réussi à faire évoluer la situation de leurs contemporains sans haine ni violence et à créer une nouvelle société ; c’est le cas, entre autre, du Mahatma Gandhi qui délivra l’Inde de la colonisation anglaise par la non-violence , du Pape Jean Paul II qui redonna confiance au polonais dans leur lutte pour leur liberté et surtout de Nelson Mandela.
Le cas de Nelson Mandela est à cet égard exemplaire ; après des années de lutte contre le système de l’apartheid, il fut longuement emprisonné dans des conditions inhumaines d’isolement. Lors de sa libération, il aurait pu organiser le massacre de ses tortionnaires blancs, ce qui aurait mené à un génocide. Il ne le fit pas, pardonnant à ses bourreaux pour peu qu’ils reconnaissent leurs erreurs et leur offrant de vivre en paix et en harmonie les uns avec les autres dans une société réconciliée.
Pourquoi Nelson Mandela n’a-t-il pas initié le massacre des blancs ? Tout simplement parce qu’il avait placé au premier plan de ses « valeurs en soi » la compassion envers tous les êtres humains qu’ils soient victimes ou tortionnaires. Cette valeur prima sur toutes les autres dans ses choix d'action.
Ainsi, à partir de la même base de départ, celle du refus de la situation existante dans laquelle ils vivaient, s’est produit une différenciation entre les uns qui agirent pacifiquement et les autres qui organisèrent des massacres de masse au nom de leur idéal. Alors se pose la question de savoir pourquoi les concepteurs de génocide n’ont-ils pas suivi la même voie que Mandela ou Gandhi ? Cela pourtant aurait pu être possible : Hitler par exemple dans « Mein Kampf » évoque le sentiment de tolérance et d’humanité qui étaient en lui avant qu’il ne se forge une panoplie de valeurs aux antipodes de ses premiers concepts.
Selon moi, il existe trois raisons dominantes :
La première est qu’ils avaient élaboré le projet d’un monde nouveau si conséquent qu’il en devenait utopique : les uns l’avaient basé sur la supériorité d'une race sur les autres , d’autres voulaient créer un monde meilleur où tous les êtres humains seraient libres, égaux et heureux (société communiste), d’autres encore voulait transformer l’humanité afin de favoriser le plus vite possible la venue d'un être surnaturel qui pourrait sauver le monde...
La deuxième raison tient au fait que de tels projets étaient si démesurés dans leurs ambitions que leurs concepteurs décidèrent d'accélérer le cours de l'histoire afin d’en voir de leur vivant la concrétisation : l’exemple des dirigeants communistes responsables de massacres de masse est révélateur de cet état d’esprit.
Marx avait placé dans la durée la création de la société communiste et construit un scénario historique qui verrait successivement une phase de luttes révolutionnaires du prolétariat contre le capitalisme puis une longue phase de dictature du prolétariat chargée de préparer l’avènement d’une société communiste dans laquelle tous seraient libres et heureux.
Les dirigeants communistes, pressés d’arriver le plus vite possible au but final, ne respectèrent pas le schéma prévu par Marx :
. Lénine imposa à son pays la dictature du prolétariat alors que le capitalisme n’était que naissant,
. Staline imposa par la force aux campagnes russes la collectivisation à des paysans qui n’avaient pas été préparé pour cette réforme.
. Pol Pot voulut de son vivant créer directement la société communiste dans son pays sans passer par les phases prévues par Marx.
Dans les trois cas, ces décisions conduisirent à l’exécution de tous ceux qui résistèrent et à la mort de millions de personnes.
Cette même volonté d’accélérer le cours de l’histoire se remarque chez Hitler qui se plaignait de son âge et avait peur de mourir avant d'avoir vu la concrétisation de cette évolution historique qu'il voulait imposer, ainsi, la « solution finale du problème juif » n’intervint qu’en 1942 ; auparavant, divers projets avait été élaborés pour rendre l’Allemagne « judenfrei » dont la déportation des juifs à Madagascar, tous ces projets étaient trop lents, il fallait en finir par une politique plus radicale qui fut celle de l’extermination.
La troisième raison est que ces concepteurs de génocide et de massacres de masse furent de plus en plus coupés de la réalité par un écran de courtisans serviles et pressés de faire du zèle pour obtenir des faveurs, n'hésitant pas à ordonner de terribles massacres pour plaire à leurs maîtres : un concepteur de génocide n’est rien s’il n’a pas autour de lui des exécutants qui accomplissent servilement ses idées.
A suivre ...
vendredi 10 juin 2016
LA LIBERTÉ (42) ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
LES CONCEPTEURS DES GENOCIDES (suite )
Hitler appliqua aux juifs la méthode qu’il avait élaborée avec une démarche, rappelons-le, en quatre étapes :
. observations apportant des informations intuitives,
. vérification livresque,
. élaboration d’une synthèse et détermination des « valeurs » constitutives de son « être en soi ».
. Si nécessaire, remise en cause de ces valeurs du fait de nouvelles observations qui, après vérification par les livres, permettent l'élaboration de nouvelles valeurs adaptées à la nouvelle situation. .
Cette dernière étape est particulièrement bien décrite dans « Mein Kampf » où Hitler indique que son jugement se modifia radicalement quant-à sa perception des juifs.
En effet antérieurement à son séjour à Vienne, Hitler ne manifeste aucune haine à leur égard comme il l'écrit dans les deux extraits suivants :
« Il y avait très peu de juifs à Linz, ils s’étaient européanisés extérieurement et ils ressemblaient aux autres hommes. Je les tenais même pour des allemands...leur religion étrangère me semblait la seule différence qu’il existait entre eux et nous. »
« Je ne voyais encore dans le juif qu’un homme d’une confession différente et je continuais à réprouver au nom de la tolérance et de l’humanité, toute hostilité issue de considérations religieuses.»
Pour Hitler, dans cette première phase, les juifs sont des hommes comme les autres, différents seulement par leur religion et bien intégrés dans la nation allemande. Il fait état aussi de son apitoiement devant les persécutions dont ils ont été les victimes. Il constate aussi que l’antisémitisme est présent partout et le réfute au nom de la tolérance et de l'humanité, éprouvant même de l’horreur à la lecture des outrances de la presse antisémite.
Vint alors le temps de son séjour à Vienne. Ce que Hitler aperçut de l’aspect physique et du comportement des juifs lui fit changer complètement d’avis à leur propos. (1) cette modification fut en lui l’objet d’un conflit intérieur dont il témoigne dans le court extrait ci-dessous :
« Si mon jugement sur l’antisémitisme se modifia avec le temps, ce fut ma plus pénible conversion, elle m’a coûté des mois de lutte où s’affrontaient la raison et le sentiment.. la victoire commença à se déclarer en faveur de la première. Deux ans plus tard, le sentiment se rallia à la raison pour en devenir le fidèle gardien et conseiller. »
Ce texte décrit parfaitement le mécanisme de la conversion d’Hitler à l’antisémitisme :
. Il constata d’abord que ses premières appréciations sur les juifs ne ressortaient que de sentiments subjectifs, fruit de son éducation.
. Une analyse effectuée selon les lois de la raison, lui montre que ce sentiment n’est qu’une approximation fausse, Il s’en suit une lutte entre le sentiment qui voit dans les juifs des hommes comme les autres et la raison qui lui montre qu’il faut les condamner.
. Cette lutte se termine par la victoire de la raison : le sentiment dût accepter de se plier aux valeurs que la raison avait élaborées.
On ressent ici parfaitement décrite la démarche du dépassement du « paraître » (les sentiments) permettant d'accéder au « casier des valeurs de l’être » par la voie de la raison.
Dans le dernier extrait ci-dessous, toujours tiré du chapitre 2 du tome 1, on retrouve cité l’aboutissement de ces démarches guidées par la voie de la raison : devenir maître de son destin c'est aussi se connaître soi-même et organiser sa vie en fonction des « valeurs en soi. » que l’on a découvertes, c'est donc être libre ontologiquement.
« Si les malheurs de la patrie ont pu faire réfléchir des milliers et des milliers de gens sur les causes intérieurs de son effondrement, cela ne conduit jamais à cette solidité et à cette pénétration profonde, accessibles seulement à ceux qui sont devenus maîtres de leur destin après des années de lutte. »
C’est ensuite de la mise en pratique de ces valeurs en soi que vont émerger les notions morales et sociales de bien et de mal.
(1).il n’est pas à propos ici de les rapporter car seule compte pour moi la démarche intellectuelle de Hitler
Hitler appliqua aux juifs la méthode qu’il avait élaborée avec une démarche, rappelons-le, en quatre étapes :
. observations apportant des informations intuitives,
. vérification livresque,
. élaboration d’une synthèse et détermination des « valeurs » constitutives de son « être en soi ».
. Si nécessaire, remise en cause de ces valeurs du fait de nouvelles observations qui, après vérification par les livres, permettent l'élaboration de nouvelles valeurs adaptées à la nouvelle situation. .
Cette dernière étape est particulièrement bien décrite dans « Mein Kampf » où Hitler indique que son jugement se modifia radicalement quant-à sa perception des juifs.
En effet antérieurement à son séjour à Vienne, Hitler ne manifeste aucune haine à leur égard comme il l'écrit dans les deux extraits suivants :
« Il y avait très peu de juifs à Linz, ils s’étaient européanisés extérieurement et ils ressemblaient aux autres hommes. Je les tenais même pour des allemands...leur religion étrangère me semblait la seule différence qu’il existait entre eux et nous. »
« Je ne voyais encore dans le juif qu’un homme d’une confession différente et je continuais à réprouver au nom de la tolérance et de l’humanité, toute hostilité issue de considérations religieuses.»
Pour Hitler, dans cette première phase, les juifs sont des hommes comme les autres, différents seulement par leur religion et bien intégrés dans la nation allemande. Il fait état aussi de son apitoiement devant les persécutions dont ils ont été les victimes. Il constate aussi que l’antisémitisme est présent partout et le réfute au nom de la tolérance et de l'humanité, éprouvant même de l’horreur à la lecture des outrances de la presse antisémite.
Vint alors le temps de son séjour à Vienne. Ce que Hitler aperçut de l’aspect physique et du comportement des juifs lui fit changer complètement d’avis à leur propos. (1) cette modification fut en lui l’objet d’un conflit intérieur dont il témoigne dans le court extrait ci-dessous :
« Si mon jugement sur l’antisémitisme se modifia avec le temps, ce fut ma plus pénible conversion, elle m’a coûté des mois de lutte où s’affrontaient la raison et le sentiment.. la victoire commença à se déclarer en faveur de la première. Deux ans plus tard, le sentiment se rallia à la raison pour en devenir le fidèle gardien et conseiller. »
Ce texte décrit parfaitement le mécanisme de la conversion d’Hitler à l’antisémitisme :
. Il constata d’abord que ses premières appréciations sur les juifs ne ressortaient que de sentiments subjectifs, fruit de son éducation.
. Une analyse effectuée selon les lois de la raison, lui montre que ce sentiment n’est qu’une approximation fausse, Il s’en suit une lutte entre le sentiment qui voit dans les juifs des hommes comme les autres et la raison qui lui montre qu’il faut les condamner.
. Cette lutte se termine par la victoire de la raison : le sentiment dût accepter de se plier aux valeurs que la raison avait élaborées.
On ressent ici parfaitement décrite la démarche du dépassement du « paraître » (les sentiments) permettant d'accéder au « casier des valeurs de l’être » par la voie de la raison.
Dans le dernier extrait ci-dessous, toujours tiré du chapitre 2 du tome 1, on retrouve cité l’aboutissement de ces démarches guidées par la voie de la raison : devenir maître de son destin c'est aussi se connaître soi-même et organiser sa vie en fonction des « valeurs en soi. » que l’on a découvertes, c'est donc être libre ontologiquement.
« Si les malheurs de la patrie ont pu faire réfléchir des milliers et des milliers de gens sur les causes intérieurs de son effondrement, cela ne conduit jamais à cette solidité et à cette pénétration profonde, accessibles seulement à ceux qui sont devenus maîtres de leur destin après des années de lutte. »
C’est ensuite de la mise en pratique de ces valeurs en soi que vont émerger les notions morales et sociales de bien et de mal.
(1).il n’est pas à propos ici de les rapporter car seule compte pour moi la démarche intellectuelle de Hitler
jeudi 9 juin 2016
LA LIBERTÉ (41) ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
LES CONCEPTEURS DES GENOCIDES (suite)
Il va de soi que seule compte ici la démarche d’Hitler qui le conduisit vers ce qui sera plus tard le 3e Reich et l’holocauste ; l'intérêt de « Mein Kampf » réside pour moi dans le fait qu’il a été écrit en 1924-25 et qu’il ne témoigne que des mécanismes qui ont conduit le futur Führer à initier, entre autre, une terrible guerre et un des pires génocides du 20e siècle.
Seule le cheminement qui fut le sien vers le casier de « l’être en soi » et vers le choix de ses valeurs m'intéresse ici.
Orphelin très tôt, Hitler interrompt ses études et se rend à Vienne à la fois pour gagner sa vie, tenter de s’établir en tant qu’artiste peintre et s’initier à l’architecture (il avait tenté d’entrer à l’académie des beaux arts et avait été refusé pour ses peintures mais ses examinateurs avaient discerné en lui une aptitude à l’architecture)
Il vit difficilement et même connaît la misère, alternant de courtes embauches à la tâche et de longues périodes de chômage. Pourtant son séjour à Vienne fut pour lui décisif car il y forgea l’essentiel de ses convictions. Dans cette grande capitale cosmopolite et multiculturelle qu'était Vienne, il fut en effet amené à côtoyer et à s’intéresser à toutes ses composantes sociales : les ouvriers avec qui il travaillait, la bourgeoisie, la « social-démocratie », les parlementaires, les juifs.. Pour chacune de ces catégories, Il se livra systématiquement à la démarche habituelle de ceux qui ne veulent pas se cantonner à la superficialité des choses : après avoir observé le monde qui l’entourait, il vérifiait si ses observations et prises de position étaient corroborées dans les livres et la presse qui traitaient du sujet.
Cette démarche est proprement celle de la connaissance de soi :
. Je constate des faits et j’en tire des conclusions mais il se peut qu’elles ne soient que subjectives, ressortant seulement du paraître.
. Je vérifie si mes conclusions peuvent être affirmées indubitablement au vu de la documentation dont je dispose.
. J’établis, en usant de ma raison, une synthèse de tout ce que j’ai appris et afin de me constitue une valeur en soi que je peux inscrire dans mon « casier de l’être en soi ».
Dans cette phase de recherche, rien, pour Hitler, n’est encore ni figé ni définitif, il se peut que de nouvelles observations lui fasse remplacer une valeur par une autre s’il constate que la valeur retenue précédemment n’était qu’une approximation.
Ainsi, le séjour de Hitler à Vienne, bien que difficile matériellement parlant, lui fut donc précieux, Il lui servit à se forger des convictions dans la plupart des domaines qu’il mettra beaucoup plus tard en pratique ; il le reconnaît dans cet extrait du deuxième chapitre du tome 1 de « Mein Kampf »
« Je remercie cette époque de m'avoir rendu dur et capable d'être dur. Plus encore, je lui suis reconnaissant de m'avoir détaché du néant de la vie facile, d'avoir extrait d'un nid délicat un enfant trop choyé, de lui avoir donné le souci pour nouvelle mère, de l'avoir jeté malgré lui dans le monde de la misère et de l'indigence et de lui avoir ainsi fait connaître ceux pour lesquels il devait plus tard combattre.
A ce point de vue mon destin me favorisa. Obligé de revenir dans le monde de misère et d'insécurité matérielle que mon père avait déjà connu, je perdis les œillères de ma trop étroite éducation de "petit bourgeois". J'appris alors à connaître les hommes et à distinguer entre une apparence creuse ou bien un dehors brutal, et leur véritable nature. Au début du siècle, Vienne était déjà une ville pleine d'iniquités sociales. »
A suivre...
Il va de soi que seule compte ici la démarche d’Hitler qui le conduisit vers ce qui sera plus tard le 3e Reich et l’holocauste ; l'intérêt de « Mein Kampf » réside pour moi dans le fait qu’il a été écrit en 1924-25 et qu’il ne témoigne que des mécanismes qui ont conduit le futur Führer à initier, entre autre, une terrible guerre et un des pires génocides du 20e siècle.
Seule le cheminement qui fut le sien vers le casier de « l’être en soi » et vers le choix de ses valeurs m'intéresse ici.
Orphelin très tôt, Hitler interrompt ses études et se rend à Vienne à la fois pour gagner sa vie, tenter de s’établir en tant qu’artiste peintre et s’initier à l’architecture (il avait tenté d’entrer à l’académie des beaux arts et avait été refusé pour ses peintures mais ses examinateurs avaient discerné en lui une aptitude à l’architecture)
Il vit difficilement et même connaît la misère, alternant de courtes embauches à la tâche et de longues périodes de chômage. Pourtant son séjour à Vienne fut pour lui décisif car il y forgea l’essentiel de ses convictions. Dans cette grande capitale cosmopolite et multiculturelle qu'était Vienne, il fut en effet amené à côtoyer et à s’intéresser à toutes ses composantes sociales : les ouvriers avec qui il travaillait, la bourgeoisie, la « social-démocratie », les parlementaires, les juifs.. Pour chacune de ces catégories, Il se livra systématiquement à la démarche habituelle de ceux qui ne veulent pas se cantonner à la superficialité des choses : après avoir observé le monde qui l’entourait, il vérifiait si ses observations et prises de position étaient corroborées dans les livres et la presse qui traitaient du sujet.
Cette démarche est proprement celle de la connaissance de soi :
. Je constate des faits et j’en tire des conclusions mais il se peut qu’elles ne soient que subjectives, ressortant seulement du paraître.
. Je vérifie si mes conclusions peuvent être affirmées indubitablement au vu de la documentation dont je dispose.
. J’établis, en usant de ma raison, une synthèse de tout ce que j’ai appris et afin de me constitue une valeur en soi que je peux inscrire dans mon « casier de l’être en soi ».
Dans cette phase de recherche, rien, pour Hitler, n’est encore ni figé ni définitif, il se peut que de nouvelles observations lui fasse remplacer une valeur par une autre s’il constate que la valeur retenue précédemment n’était qu’une approximation.
Ainsi, le séjour de Hitler à Vienne, bien que difficile matériellement parlant, lui fut donc précieux, Il lui servit à se forger des convictions dans la plupart des domaines qu’il mettra beaucoup plus tard en pratique ; il le reconnaît dans cet extrait du deuxième chapitre du tome 1 de « Mein Kampf »
« Je remercie cette époque de m'avoir rendu dur et capable d'être dur. Plus encore, je lui suis reconnaissant de m'avoir détaché du néant de la vie facile, d'avoir extrait d'un nid délicat un enfant trop choyé, de lui avoir donné le souci pour nouvelle mère, de l'avoir jeté malgré lui dans le monde de la misère et de l'indigence et de lui avoir ainsi fait connaître ceux pour lesquels il devait plus tard combattre.
A ce point de vue mon destin me favorisa. Obligé de revenir dans le monde de misère et d'insécurité matérielle que mon père avait déjà connu, je perdis les œillères de ma trop étroite éducation de "petit bourgeois". J'appris alors à connaître les hommes et à distinguer entre une apparence creuse ou bien un dehors brutal, et leur véritable nature. Au début du siècle, Vienne était déjà une ville pleine d'iniquités sociales. »
A suivre...
mardi 7 juin 2016
LA LIBERTÉ (40) ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
Suite de l’article précédent
LES CONCEPTEURS DES GENOCIDES
Au moment de leurs forfaits, les exécutants des génocides étaient esclaves d’eux-mêmes et d’un formatage extérieur puisqu'ils n’avaient plus accès à « l’être en soi » qui, seul, permet le choix des valeurs à mettre en oeuvre afin d’organiser sa vie autour de ces valeurs.
Qu’en est-il des concepteurs des génocides et des massacres de masse dont l’histoire fournit de nombreux exemples ? Etaient-ils libres au moment où ils concevaient ces massacres ? Ceux-ci sont-ils la conséquence d'un choix rationnel et raisonné effectué dans le « tiroir des valeurs en soi », , ou sont-il le fruit de faux-semblants et des alibis que l'on trouve dans les « tiroirs du paraître » quand on dévie du droit chemin de la connaissance de soi ?
Si ces concepteurs de génocide dépassent les voies du paraitre pour accéder à l'être en soi et effectué un tri dans le " tiroir des valeurs" pour en faire ressortir leurs théories, ils effectuent leurs choix en toute connaissance de soi et en toute liberté ; ce choix est ontologiquement admissible, par contre il est évidemment condamnable et haïssable au niveau sociétal et humanitaire.
Encore faut-il s'entendre sur ce que l’on appelle concepteur de génocide : je ne ferai pas entrer dans cette catégorie tous ces mégalomanes égocentriques qui se veulent les égaux du soleil, les représentants de Dieu sur terre, qui ne se conçoivent qu'entourés d'une basse-cour de vils flatteurs et pour qui la volonté de puissance sert de justification aux batailles les plus sanglantes et aux massacres de masse : tous ces individus n’ont pas choisi les valeurs à laquelle ils se réfèrent, ils les ont simplement tirés des seuls tiroirs du paraître sans que jamais ils tentent par la connaissance de soi d’accéder aux valeurs de « l’être en soi » : il est facile de se prétendre investi d’une mission divine pour justifier n’importe quel ordre conduisant à la mort de milliers de gens ; par contre, il est beaucoup moins évident de se constituer par la raison des valeurs qui conduisent à des génocides.
De tels concepteurs de genocide existent-ils ? Oui, l'histoire en mentionne à toutes les époques : ce sont souvent des théoriciens, rarement au contact de la réalité, qui ne tuent pas eux-mêmes, ne mettent pas eux-mêmes en exécution leurs idées, mais les font réaliser par leurs sbires qu'ils réussissent à convaincre.
Les théoriciens qui entrent dans cette catégorie ne sont en aucun cas ce que l'on qualifie de malades mentaux, la maladie mentale étant, selon moi, une des formes pathologique du refus de la connaissance de soi ; dans cette perspective, il convient de se poser la question de leur démarche intellectuelle : comment peut-on choisir en toute liberté des théories conduisant aux crimes les plus affreux c’est à dire au mal ?
Rien n'est plus significatif de cette démarche intellectuelle que le "Mein Kampf" d'Adolf Hitler où se trouve une analyse logique et implacable qui conduisit au génocide.
À suivre
lundi 6 juin 2016
LA LIBERTÉ (39) ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
Suite de l’article précédent
LES GÉNOCIDAIRES HUTU DU RWANDA
Voici quelques témoignages glanés au fil de mes lectures à ce propos ; ils corroborent ma conception du mécanisme conduisant un homme à devenir un génocidaire et que j’ai déterminée dans le précédent article : « machine à obéir », bref sentiment d’horreur, déshumanisation, « machine à tuer »
On retrouve d’abord chez les Hutus le formatage de la « machine à obéir » ; celui-ci n’est pas effectué comme chez les SS dans des écoles du parti mais par une propagande colportée en particulier par la radio des mille collines, c’est donc toute la population Hutu qui était visée, on ne peut donc pas parler au Rwanda de prédispositions particulières au génocide de quelques individus égocentriques soucieux de paraitre et de reconnaissance.
Voici ci-dessous un premier témoignage qui le montre :
« Dans la rue, à l’école, au bar, au stade, [les Hutus] n’ont entendu et appris qu’une leçon : le Tutsi est un insecte qu’il faut piétiner. Sinon le Tutsi enlève ta femme, il viole tes enfants, il empoisonne l’eau et l’air. La Tutsie, elle ensorcelle ton mari avec ses fesses. Quand j’étais tout petit on m’a dit que les Tutsis me tueraient si je ne le faisais pas avant. »
Ce formatage des esprits par la propagande ne conduisait pas inéluctablement au génocide surtout que les populations Hutus et les Tutsi étaient mélangées dans les villages et qu’entre voisins, il existait des liens d’amitié. Selon les témoignages, « la machine à obéir » ne se mît en place qu’au moment où elle eut la caution des autorités :
« Tuer c’est très décourageant si tu dois prendre toi- même la décision...Mais si tu dois obéir à des consignes des autorités...si tu vois que la tuerie sera totale et sans conséquences néfastes dans l’avenir, tu te sens apaisé et rasséréné. Tu y vas sans plus de gêne. »
L’étape suivante dans la constitution du génocidaire est le sentiment d’horreur lors du premier crime, il est extrêmement difficile de tuer un voisin avec qui on entretenait des liens d’amitié, mais une fois que c’est fait, on peut tuer n’importe qui que l’on ne connaît pas, en voici trois témoignages :
« Pendant les tueries, je ne considérais plus rien de particulier dans la personne tutsie, sauf qu’elle devait être supprimée. Je précise qu’à partir du premier monsieur que j’ai tué jusqu’au dernier, je n’ai regretté personne. »
«L’homme qui tue une fois ne peut plus s’arrêter. Il se passe quelque chose dans sa tête. Moi je ne savait même plus quel jour on était, si c’était le matin ou le soir. Tout était dans le sombre»,
«je ne peux pas me donner une cause raisonnable pour expliquer un seul mort. Moi non plus je ne peux pas expliquer comment quelqu’un qui a été à l’école peut prendre une machette ou une massue et tuer un être humain comme lui. Mais cela a été et je l’ai fait».
Que s’est-il passé ? Simplement, ces Hutus sont devenus des « machines à tuer », ils réagissent en automates et ressemblent beaucoup à ces SS que Broad décrivait comme « bornés, sadiques et mégalomanes » n’expliquant leurs actes que pas ces trois mots : « il le faut ». Après coup, pour expliquer leurs crimes, les génocidaires Hutus évoquent un dédoublement de personnalité ; pour moi, cette explication ne tient pas, ils disposaient encore de leur libre-arbitre avant leur premier crime. le choc de celui-ci conduisit à les déshumaniser, le chemin menant au « casier de l'être » fut court-circuité et il ne leur était donc plus possible d'accéder aux « valeurs en soi » et à la liberté de choix qui en découle. Toute valeur, en particulier la notion de bien ou de mal, avaient disparu en eux. .
L’exemple des Hutus corrobore en grande partie ce qui a été observé chez les SS : « Machine à obéir », déshumanisation et « machine à tuer » sont bien constitutives des exécutants du génocide ; chez eux, il n’existe pas de choix entre le mal et le bien puisqu’ils sont devenus incapables d'accéder à ces valeurs, ils ne sont plus que des esclaves d’eux mêmes et des croyances qu’on leur a inculquées insidieusement.
Ces caractéristiques concernent les exécutants des génocides. Qu’en est-il de leurs concepteurs ?
A suivre...
LES GÉNOCIDAIRES HUTU DU RWANDA
Voici quelques témoignages glanés au fil de mes lectures à ce propos ; ils corroborent ma conception du mécanisme conduisant un homme à devenir un génocidaire et que j’ai déterminée dans le précédent article : « machine à obéir », bref sentiment d’horreur, déshumanisation, « machine à tuer »
On retrouve d’abord chez les Hutus le formatage de la « machine à obéir » ; celui-ci n’est pas effectué comme chez les SS dans des écoles du parti mais par une propagande colportée en particulier par la radio des mille collines, c’est donc toute la population Hutu qui était visée, on ne peut donc pas parler au Rwanda de prédispositions particulières au génocide de quelques individus égocentriques soucieux de paraitre et de reconnaissance.
Voici ci-dessous un premier témoignage qui le montre :
« Dans la rue, à l’école, au bar, au stade, [les Hutus] n’ont entendu et appris qu’une leçon : le Tutsi est un insecte qu’il faut piétiner. Sinon le Tutsi enlève ta femme, il viole tes enfants, il empoisonne l’eau et l’air. La Tutsie, elle ensorcelle ton mari avec ses fesses. Quand j’étais tout petit on m’a dit que les Tutsis me tueraient si je ne le faisais pas avant. »
Ce formatage des esprits par la propagande ne conduisait pas inéluctablement au génocide surtout que les populations Hutus et les Tutsi étaient mélangées dans les villages et qu’entre voisins, il existait des liens d’amitié. Selon les témoignages, « la machine à obéir » ne se mît en place qu’au moment où elle eut la caution des autorités :
« Tuer c’est très décourageant si tu dois prendre toi- même la décision...Mais si tu dois obéir à des consignes des autorités...si tu vois que la tuerie sera totale et sans conséquences néfastes dans l’avenir, tu te sens apaisé et rasséréné. Tu y vas sans plus de gêne. »
L’étape suivante dans la constitution du génocidaire est le sentiment d’horreur lors du premier crime, il est extrêmement difficile de tuer un voisin avec qui on entretenait des liens d’amitié, mais une fois que c’est fait, on peut tuer n’importe qui que l’on ne connaît pas, en voici trois témoignages :
« Pendant les tueries, je ne considérais plus rien de particulier dans la personne tutsie, sauf qu’elle devait être supprimée. Je précise qu’à partir du premier monsieur que j’ai tué jusqu’au dernier, je n’ai regretté personne. »
«L’homme qui tue une fois ne peut plus s’arrêter. Il se passe quelque chose dans sa tête. Moi je ne savait même plus quel jour on était, si c’était le matin ou le soir. Tout était dans le sombre»,
«je ne peux pas me donner une cause raisonnable pour expliquer un seul mort. Moi non plus je ne peux pas expliquer comment quelqu’un qui a été à l’école peut prendre une machette ou une massue et tuer un être humain comme lui. Mais cela a été et je l’ai fait».
Que s’est-il passé ? Simplement, ces Hutus sont devenus des « machines à tuer », ils réagissent en automates et ressemblent beaucoup à ces SS que Broad décrivait comme « bornés, sadiques et mégalomanes » n’expliquant leurs actes que pas ces trois mots : « il le faut ». Après coup, pour expliquer leurs crimes, les génocidaires Hutus évoquent un dédoublement de personnalité ; pour moi, cette explication ne tient pas, ils disposaient encore de leur libre-arbitre avant leur premier crime. le choc de celui-ci conduisit à les déshumaniser, le chemin menant au « casier de l'être » fut court-circuité et il ne leur était donc plus possible d'accéder aux « valeurs en soi » et à la liberté de choix qui en découle. Toute valeur, en particulier la notion de bien ou de mal, avaient disparu en eux. .
L’exemple des Hutus corrobore en grande partie ce qui a été observé chez les SS : « Machine à obéir », déshumanisation et « machine à tuer » sont bien constitutives des exécutants du génocide ; chez eux, il n’existe pas de choix entre le mal et le bien puisqu’ils sont devenus incapables d'accéder à ces valeurs, ils ne sont plus que des esclaves d’eux mêmes et des croyances qu’on leur a inculquées insidieusement.
Ces caractéristiques concernent les exécutants des génocides. Qu’en est-il de leurs concepteurs ?
A suivre...
dimanche 5 juin 2016
LA LIBERTÉ (38) ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
Suite de l'article précédent
Le journal de Kremer permet aussi de se faire une idée assez précise de ce qui se passa en lui après son retour d’Auschwitz. deuxième question connexe posée dans l'article précédent.
Ce journal ne comporte explicitement aucune mention clairement exprimée de son passage dans les camps ; par contre, des allégations implicites y apparaissent souvent du fait des aléas de la vie professionnelle de cet universitaire fourvoyé dans le génocide.
Kremer dès son retour à la vie civile ( il a alors 59 ans), demande au doyen de l'université de Munster de le réintégrer et de récupérer son poste de chargé de cours. Il lui fut répondu que ce poste provisoire avait été supprimé pour être remplacé par une chaire de biologie et d’hérédité et que ce n'était pas lui qui en serait le titulaire. Le doyen puis le recteur lui donnèrent de faux prétextes mais Kremer comprit très vite que c’était le caractère contestable de sa thèse qui avait motivé son rejet.
Il tenta de se défendre d’abord en arguant son appartenance au NSDAP mais surtout en montrant qu’il avait acquis de précieuses connaissances lors de son séjour à Auschwitz tant au niveau du savoir-faire qu’à celui de l’expérimentation de ses conceptions théoriques. Il indiqua sans doute aussi qu’il avait diversifié ses connaissances grâce à de nouvelles expériences, il écrivit également qu’il avait ramené d’Auschwitz des organes humains qui pourraient permettre de nouvelles analyses.
Tous ces arguments ne servant à rien, Kremer s’adressa au parti qui lui proposa divers postes (direction d'hôpital, conférencier dans l’appareil de propagande du parti) qu’il refusa comme indigne de son niveau scientifique ; désormais, on ne fit plus appel à lui que pour les quêtes pour l’Oeuvre du parti. il s’enferma dans une tour d’ivoire, convaincu d’avoir raison envers et contre tous. Voici, par exemple, ce qu’il écrit en juin 1943 à propos des universitaires : « fi, à ces eunuques de la science qui ne comprennent que le radotage de leurs maîtres qu’ils transmettent de génération en génération, je refuse tout honneur qui me serait décerné dans la robe de ces rejetons de stupides castrats » !
Dans tout son journal, on ne trouve donc aucune trace de remords ou de repentir ; son passage à Auschwitz n’a été que l’occasion de diversifier et d’approfondir ses connaissances scientifiques mais aussi de développer en les exacerbant ses tendances égocentriques et sa certitude d’avoir raison seul contre tous. Dans ces conditions, Kremer ne se reconnaît aucune faute, peu importe les crimes qu’il a ordonnés puisqu’ils étaient au service de la science.
Ce type de comportement post-genocide est-il spécifique à Kremer ou s’applique t’il aux autres SS ? Il est difficile de le savoir car ils tentèrent après la guerre de se faire oublier afin d’éviter d’être traduit en justice. Les rares témoignages dont j’ai pu avoir connaissance montrent que, selon eux, ce qu’ils ont accompli était nécessaire et qu’il fallait le faire ; en conséquence, ils ne semblent avoir aucun remords au moins extérieurement. Qu’en est-il au fond d’eux mêmes ? Il est probable qu’ils ne se posent aucune question ; chez eux, on peut penser que le cheminement vers les valeurs de l'être en soi est définitivement fermé et que seules comptent les valeurs du paraitre et des alibis qu’ils veulent bien se donner. Ils sont donc esclaves d’eux-mêmes, des croyances qu’on leur a imposées et qu’ils ont acceptées sans jamais les passer au crible de l’outil raison, du concours de circonstances qui les amenèrent inéluctablement à la déshumanisation nécessaire pour devenir des génocidaires.... Ce mécanisme d’évolution n’implique à aucun moment un choix raisonné entre le bien et le mal,
Ainsi, peut se définir un comportement type des génocidaires en cinq étapes :
. L'égocentrisme qui les amène à la volonté d’échapper à leur médiocrité et de s’affirmer dans la société,
. L’agrégation à ce corps d’élite qu’est la SS qui les formate en « machine à obéir »´
. Le bref sentiment d’horreur face à la réalité des camps,
. La déshumanisation qui en fait des « machines à tuer »,
. L’absence de remords après l’action et même la glorification des actes accomplis au service de la cause qui les a amenés à devenir des assassins.
Cette évolution type du génocidaire s’applique t’elle seulement aux SS ou est-elle une caractéristique propre aux êtres humains ? Pour moi, c’est la seconde alternative qu’il fait privilégier : dans certaines circonstances, l’homme agit exactement comme les SS, l’exemple rwandais le montre sans conteste.
Le journal de Kremer permet aussi de se faire une idée assez précise de ce qui se passa en lui après son retour d’Auschwitz. deuxième question connexe posée dans l'article précédent.
Ce journal ne comporte explicitement aucune mention clairement exprimée de son passage dans les camps ; par contre, des allégations implicites y apparaissent souvent du fait des aléas de la vie professionnelle de cet universitaire fourvoyé dans le génocide.
Kremer dès son retour à la vie civile ( il a alors 59 ans), demande au doyen de l'université de Munster de le réintégrer et de récupérer son poste de chargé de cours. Il lui fut répondu que ce poste provisoire avait été supprimé pour être remplacé par une chaire de biologie et d’hérédité et que ce n'était pas lui qui en serait le titulaire. Le doyen puis le recteur lui donnèrent de faux prétextes mais Kremer comprit très vite que c’était le caractère contestable de sa thèse qui avait motivé son rejet.
Il tenta de se défendre d’abord en arguant son appartenance au NSDAP mais surtout en montrant qu’il avait acquis de précieuses connaissances lors de son séjour à Auschwitz tant au niveau du savoir-faire qu’à celui de l’expérimentation de ses conceptions théoriques. Il indiqua sans doute aussi qu’il avait diversifié ses connaissances grâce à de nouvelles expériences, il écrivit également qu’il avait ramené d’Auschwitz des organes humains qui pourraient permettre de nouvelles analyses.
Tous ces arguments ne servant à rien, Kremer s’adressa au parti qui lui proposa divers postes (direction d'hôpital, conférencier dans l’appareil de propagande du parti) qu’il refusa comme indigne de son niveau scientifique ; désormais, on ne fit plus appel à lui que pour les quêtes pour l’Oeuvre du parti. il s’enferma dans une tour d’ivoire, convaincu d’avoir raison envers et contre tous. Voici, par exemple, ce qu’il écrit en juin 1943 à propos des universitaires : « fi, à ces eunuques de la science qui ne comprennent que le radotage de leurs maîtres qu’ils transmettent de génération en génération, je refuse tout honneur qui me serait décerné dans la robe de ces rejetons de stupides castrats » !
Dans tout son journal, on ne trouve donc aucune trace de remords ou de repentir ; son passage à Auschwitz n’a été que l’occasion de diversifier et d’approfondir ses connaissances scientifiques mais aussi de développer en les exacerbant ses tendances égocentriques et sa certitude d’avoir raison seul contre tous. Dans ces conditions, Kremer ne se reconnaît aucune faute, peu importe les crimes qu’il a ordonnés puisqu’ils étaient au service de la science.
Ce type de comportement post-genocide est-il spécifique à Kremer ou s’applique t’il aux autres SS ? Il est difficile de le savoir car ils tentèrent après la guerre de se faire oublier afin d’éviter d’être traduit en justice. Les rares témoignages dont j’ai pu avoir connaissance montrent que, selon eux, ce qu’ils ont accompli était nécessaire et qu’il fallait le faire ; en conséquence, ils ne semblent avoir aucun remords au moins extérieurement. Qu’en est-il au fond d’eux mêmes ? Il est probable qu’ils ne se posent aucune question ; chez eux, on peut penser que le cheminement vers les valeurs de l'être en soi est définitivement fermé et que seules comptent les valeurs du paraitre et des alibis qu’ils veulent bien se donner. Ils sont donc esclaves d’eux-mêmes, des croyances qu’on leur a imposées et qu’ils ont acceptées sans jamais les passer au crible de l’outil raison, du concours de circonstances qui les amenèrent inéluctablement à la déshumanisation nécessaire pour devenir des génocidaires.... Ce mécanisme d’évolution n’implique à aucun moment un choix raisonné entre le bien et le mal,
Ainsi, peut se définir un comportement type des génocidaires en cinq étapes :
. L'égocentrisme qui les amène à la volonté d’échapper à leur médiocrité et de s’affirmer dans la société,
. L’agrégation à ce corps d’élite qu’est la SS qui les formate en « machine à obéir »´
. Le bref sentiment d’horreur face à la réalité des camps,
. La déshumanisation qui en fait des « machines à tuer »,
. L’absence de remords après l’action et même la glorification des actes accomplis au service de la cause qui les a amenés à devenir des assassins.
Cette évolution type du génocidaire s’applique t’elle seulement aux SS ou est-elle une caractéristique propre aux êtres humains ? Pour moi, c’est la seconde alternative qu’il fait privilégier : dans certaines circonstances, l’homme agit exactement comme les SS, l’exemple rwandais le montre sans conteste.
samedi 4 juin 2016
LA LIBERTÉ (37)ET LE CHOIX ENTRE LE BIEN ET LE MAL : LE CONTRE EXEMPLE DES GÉNOCIDAIRES.
Suite de l’article précédent
Il reste à se poser deux questions connexes à propos de ceux qui exécutent les génocides :
. Etaient-ils prédisposés à devenir des génocidaires et par quel cheminement le sont-ils devenus ?
. Que se passe-t’il en eux une fois revenus à la vie normale ?
Le journal de Kremer peut apporter quelques éléments de réponse à ces deux questions. La lecture de ce journal permet d’abord de constater qu’on y trouve aucune référence à l’idéologie nazi, il ne mentionne ni le concept de supériorité de la race aryenne ni celui du problème juif. Cela peut étonner quand on lit que, Kremer est devenu membre du NSDAP en 1932 puis membre des SS à partir de 1935.
Pour tenter de comprendre ce qui a conduit ce docteur en philosophie et en médecine, agrégé d’anatomie et chargé de cours à l’université de Munster à participer au génocide, il faut se reporter à son journal antérieurement au 30 août 1942 et tenter de déceler s’il existe alors des prédispositions à des actes barbares.
Auteur d’une thèse de doctorat “ hérédité ou acquis, une contribution remarquable à l’analyse de l’hérédité de mutilations traumatiques” ( peut-il exister une transmission héréditaire d’un traumatisme), la grande préoccupation de Kremer en 1941 est de la faire publier, ce qui ne semble pas aller de soi vu le caractère contestable de ses conclusions. En mai 1941, il réussit à échapper à sa mobilisation dans la Wehrmacht en faisant valoir son affiliation à la SS, est alors affecté dans la Waffen SS et est nommé en tant que médecin au camp de concentration de Dachau où il arrive le 20 août 1941.
Dans son journal, Kremer ne fait aucune mention de la vie des prisonniers du camp et n’a d’ailleurs aucun contact avec eux puisqu’il n’est en charge que de la polyclinique réservée aux SS. Dans ce cadre privilégié et clos, Il ne se préoccupe que de lui-même ; avide de jouir de tous les plaisirs de la vie, il décrit les bons repas pris au foyer des officiers, les beuveries auxquelles il participe, la chambre toute neuve qui lui est allouée ; il effectue de fréquentes promenades au cours desquelles il visite la région. C’est à Dachau qu’il s’initie à la chirurgie, Il fait aussi des cours aux élèves infirmiers,
Il découvre à quel point la vie est agréable à Dachau lors de ses permissions. Il évoque alors ses difficultés à trouver la nourriture à laquelle il est habitué et à se fournir en tout ce que nécessite sa vie quotidienne. C’est au cours d’une de ses permissions qu’il a la tristesse de perdre son canari, c’est pour lui une grande douleur et il se sent très seul !
Pendant son séjour à Dachau sa thèse est publiée, il en éprouve une grande joie. On peut penser que son appartenance à la SS a facilité bien les choses à une époque où la purification ethnique était une préoccupation primordiale.
En août 1942, il est nommé à Auschwitz afin de remplacer un médecin malade, il y restera jusqu’au 17 novembre 1942.
Pourquoi Kremer a-t'il pu rester à Auschwitz après les premières horreurs dont il fut le témoin ? Au vu de sa manière d'être, il me semble que l’on peut discerner trois explications :
. Il veut continuer à mener la vie facile dont il bénéficiait à Dachau ; c’est ce qui se produisit, les «actions spéciales» deviennent vite de la routine et il retrouva cette vie de plaisir et de bonne chère à laquelle il aspirait.
. Il éprouve un intense besoin de reconnaissance de sa valeur ; lorsqu’il reçoit une promotion, (Il terminera Obersturmfuhrer, équivalent de lieutenant) on le sens surtout occupé d’avoir un uniforme rutilant et de bénéficier des avantages que lui prodiguent son grade (en particulier pour son approvisionnement en nourriture) ; son paraître face aux autres devient essentiel pour lui.
. De même, il sait que sa thèse est vivement controversée ; or à Auschwitz se trouve un grand nombre de « sujets d'expérimentation ». il peut se livrer en toute quiétude à la vérification des hypothèses qu’il a émises et continuer ses recherches scientifiques.
Je n’ai pas à dessein mentionné chez Kremer le formatage en « machine à obéir » cela a dû moins jouer chez lui que sur les êtres frustes qui composait la majeure partie de la SS,
De tout ce qui précède, on peut formuler l’hypothèse que Kremer n’avait pas de prédisposition particulière à participer à un génocide mais que certains traits de son caractère étaient des facteurs favorables à cela : son égocentrisme, son avidité de plaisirs prodigués dans une vie facile, et surtout sa volonté de reconnaissance auprès de ses pairs.
Si on applique ces conclusions à ce qui fait l’objet de ce chapitre, celui du choix entre le bien et le mal, on peut penser que Kremer n’a pas effectué le cheminement vers la connaissance de soi et aux valeurs de l'être, il n’a pas choisi à priori le mal comme valeur en soi devant guider sa vie, ce qui l’a conduit à faire le mal, ce sont uniquement les valeurs du paraître, celles qui rendent l’individu esclave de lui-même.
Il est très probable que beaucoup de ceux qui sont entré dans la SS ont été attiré, comme Kremer, par les avantages matériels que pouvaient leur procurer cette fonction avec la volonté de bénéficier d’une vie plus facile matériellement parlant et surtout par l’envie de devenir quelqu’un, de se valoriser aux yeux des autres, de s’affirmer en tant que personne, d’entrer dans un corps d’élite chez qui règne une cohésion exemplaire, de s'agréger à une société où existe un fort sentiment de camaraderie.
Asuivre...
Il reste à se poser deux questions connexes à propos de ceux qui exécutent les génocides :
. Etaient-ils prédisposés à devenir des génocidaires et par quel cheminement le sont-ils devenus ?
. Que se passe-t’il en eux une fois revenus à la vie normale ?
Le journal de Kremer peut apporter quelques éléments de réponse à ces deux questions. La lecture de ce journal permet d’abord de constater qu’on y trouve aucune référence à l’idéologie nazi, il ne mentionne ni le concept de supériorité de la race aryenne ni celui du problème juif. Cela peut étonner quand on lit que, Kremer est devenu membre du NSDAP en 1932 puis membre des SS à partir de 1935.
Pour tenter de comprendre ce qui a conduit ce docteur en philosophie et en médecine, agrégé d’anatomie et chargé de cours à l’université de Munster à participer au génocide, il faut se reporter à son journal antérieurement au 30 août 1942 et tenter de déceler s’il existe alors des prédispositions à des actes barbares.
Auteur d’une thèse de doctorat “ hérédité ou acquis, une contribution remarquable à l’analyse de l’hérédité de mutilations traumatiques” ( peut-il exister une transmission héréditaire d’un traumatisme), la grande préoccupation de Kremer en 1941 est de la faire publier, ce qui ne semble pas aller de soi vu le caractère contestable de ses conclusions. En mai 1941, il réussit à échapper à sa mobilisation dans la Wehrmacht en faisant valoir son affiliation à la SS, est alors affecté dans la Waffen SS et est nommé en tant que médecin au camp de concentration de Dachau où il arrive le 20 août 1941.
Dans son journal, Kremer ne fait aucune mention de la vie des prisonniers du camp et n’a d’ailleurs aucun contact avec eux puisqu’il n’est en charge que de la polyclinique réservée aux SS. Dans ce cadre privilégié et clos, Il ne se préoccupe que de lui-même ; avide de jouir de tous les plaisirs de la vie, il décrit les bons repas pris au foyer des officiers, les beuveries auxquelles il participe, la chambre toute neuve qui lui est allouée ; il effectue de fréquentes promenades au cours desquelles il visite la région. C’est à Dachau qu’il s’initie à la chirurgie, Il fait aussi des cours aux élèves infirmiers,
Il découvre à quel point la vie est agréable à Dachau lors de ses permissions. Il évoque alors ses difficultés à trouver la nourriture à laquelle il est habitué et à se fournir en tout ce que nécessite sa vie quotidienne. C’est au cours d’une de ses permissions qu’il a la tristesse de perdre son canari, c’est pour lui une grande douleur et il se sent très seul !
Pendant son séjour à Dachau sa thèse est publiée, il en éprouve une grande joie. On peut penser que son appartenance à la SS a facilité bien les choses à une époque où la purification ethnique était une préoccupation primordiale.
En août 1942, il est nommé à Auschwitz afin de remplacer un médecin malade, il y restera jusqu’au 17 novembre 1942.
Pourquoi Kremer a-t'il pu rester à Auschwitz après les premières horreurs dont il fut le témoin ? Au vu de sa manière d'être, il me semble que l’on peut discerner trois explications :
. Il veut continuer à mener la vie facile dont il bénéficiait à Dachau ; c’est ce qui se produisit, les «actions spéciales» deviennent vite de la routine et il retrouva cette vie de plaisir et de bonne chère à laquelle il aspirait.
. Il éprouve un intense besoin de reconnaissance de sa valeur ; lorsqu’il reçoit une promotion, (Il terminera Obersturmfuhrer, équivalent de lieutenant) on le sens surtout occupé d’avoir un uniforme rutilant et de bénéficier des avantages que lui prodiguent son grade (en particulier pour son approvisionnement en nourriture) ; son paraître face aux autres devient essentiel pour lui.
. De même, il sait que sa thèse est vivement controversée ; or à Auschwitz se trouve un grand nombre de « sujets d'expérimentation ». il peut se livrer en toute quiétude à la vérification des hypothèses qu’il a émises et continuer ses recherches scientifiques.
Je n’ai pas à dessein mentionné chez Kremer le formatage en « machine à obéir » cela a dû moins jouer chez lui que sur les êtres frustes qui composait la majeure partie de la SS,
De tout ce qui précède, on peut formuler l’hypothèse que Kremer n’avait pas de prédisposition particulière à participer à un génocide mais que certains traits de son caractère étaient des facteurs favorables à cela : son égocentrisme, son avidité de plaisirs prodigués dans une vie facile, et surtout sa volonté de reconnaissance auprès de ses pairs.
Si on applique ces conclusions à ce qui fait l’objet de ce chapitre, celui du choix entre le bien et le mal, on peut penser que Kremer n’a pas effectué le cheminement vers la connaissance de soi et aux valeurs de l'être, il n’a pas choisi à priori le mal comme valeur en soi devant guider sa vie, ce qui l’a conduit à faire le mal, ce sont uniquement les valeurs du paraître, celles qui rendent l’individu esclave de lui-même.
Il est très probable que beaucoup de ceux qui sont entré dans la SS ont été attiré, comme Kremer, par les avantages matériels que pouvaient leur procurer cette fonction avec la volonté de bénéficier d’une vie plus facile matériellement parlant et surtout par l’envie de devenir quelqu’un, de se valoriser aux yeux des autres, de s’affirmer en tant que personne, d’entrer dans un corps d’élite chez qui règne une cohésion exemplaire, de s'agréger à une société où existe un fort sentiment de camaraderie.
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