REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
. Toutes les citations de mes articles proviennent de recherches sur les sites gratuits sur Internet



Mon blog étant difficilement trouvable par simple recherche sur internet, voici son adresse : jeanpierrefabricius.blogspot.com

lundi 15 février 2016

LA GUADELOUPE D'ALI TUR (6) , Basse Terre

LE PALAIS DE JUSTICE suite

Le plan d’ensemble du palais de justice, dessiné à partir de  la photo aérienne, montre la composition qui fut réalisée par Ali Tur :


Au centre (1) se trouve un corps de bâtiment de forme carrée qui s’incurve face au croisement de la rue pour constituer l’entrée principale, celle-ci consiste en un portique courbe qui comporte une triple  colonnade (extérieure, intermédiaire et intérieure donnant sur un  patio).  Au niveau de ces colonnades, on retrouve les habituelles formes architecturales utilisées par Ali-Tur : colonnes rondes sans base ni chapiteaux, entablement entouré de deux corniches qui le mettent en valeur.

Ce vaste péristyle à colonnes  ne donne pas sur un  hall mais sur un charmant patio à colonnes (2)  qui sert de salle des pas perdus et aussi d’accès aux deux tribunaux. Ce patio tranche singulièrement par sa beauté et son harmonie avec les salles des pas perdus sombres et inquiétantes des tribunaux métropolitains. Au centre du patio, se trouve un massif floral pourvu  de fontaines rafraîchissantes.

En avant de cette entrée centrale  se trouve un assemblage de terrasses dénivelées, d’escaliers de liaison et de petits espaces verts  (3) qui donnent  à la colonnade la monumentalité souhaitée.

 De part et d’autre de la structure centrale, se trouvent deux bâtiments en équerre l’un par rapport à l’autre imbriqués dans la forme carrée centrale. chacun est organisé de la même manière avec une grande salle d’audience (4) et des bureaux. (5) ce qui juxtapose deux formes emboîtées comme on peut l’apercevoir sur la reproduction ci-contre.

La salle d’audience comporte de bas en haut :
     . un soubassement qui correspond à la forme  de l'escalier et de ses paliers,
     . Le niveau principal, celui de la salle d’audience proprement dit, se décompose en deux parties :
          . Un niveau pourvu d’un portique de colonnes rondes qui se raccorde à la colonnade centrale  et est surmonté d’une terrasse formant auvent.
          . Une partie supérieure comportant des baies ajourées qui permettent de recevoir dans la salle d’audience un éclairage et une aération zénithale.

Les deux bâtiments dans lesquels sont enchâssées les salles d’audience sont de facture beaucoup plus simple avec deux niveaux.

Sur les deux vues de cette façade principale, on peut mesurer à quel point les différents éléments que je viens de décrire séparément se conjuguent parfaitement les uns avec les autres pour constituer un ensemble fonctionnel  et harmonieux répondant avec originalité  à toutes les contraintes qui furent imposées à l’architecte.

On pourrait penser que le soin apporté par Ali Tur  à ces trois bâtiments de prestige que sont le palais du gouverneur, le conseil général et le palais de justice sont spécifiques à la capitale administrative de la Guadeloupe. Il n’en n'est  rien comme le montrent tous les édifices construits par l’architecte dans le reste de l’ile et dont je décrirai quelques exemples.

dimanche 14 février 2016

LA GUADELOUPE D'ALI TUR (5) Basse Terre

LE PALAIS DE JUSTICE

Le palais de justice se trouve situé en face du conseil général, de l’autre côté de l’avenue Felix Eboué qui représente la terminaison de la route provenant de saint Claude. A la différence du conseil général, situé au sommet d’un morne, le palais de justice est construit en contrebas, au niveau du croisement entre l’avenue Felix Eboué et la rue de la République.

La façade du côté du croisement des rues montre à quel point Ali-Tur réussit à juxtaposer harmonieusement les formes longilignes et courbes grâce à l’ossature de béton armé en se jouant des multiples contraintes qui lui sont imposées tant au niveau de l’implantation du bâtiment à construire qu’à celle de la forme de la parcelle et de sa situation mais aussi de l’utilisation qui en sera faite.

En ce qui concerne le palais de justice, l’architecte disposait d’une parcelle rectangulaire sur un des côtés de l'intersection de deux rues établie sur un site de faible dénivellation par rapport à la rue. Le bâtiment devait accueillir les tribunaux d’instance et d’appel, des bureaux y afférent ainsi qu’une salle des pas perdus.

A cela s’ajoutaient aussi deux nécessités que l’architecte s’imposait à lui-même :
     . Construire une façade principale qui posséderait  la monumentalité digne de la fonction régalienne de l’édifice,
     . Utiliser une composition ternaire comportant une symétrie axiale.

Ali Tur sut dépasser toutes ces contingences pour réaliser un ensemble cohérent et harmonieux correspondant au cahier des charges qui lui était imposé.

A suivre..

samedi 13 février 2016

LA GUADELOUPE D'ALI TUR (4) , Basse Terre

LA PRÉFECTURE (suite)



La deuxième différence entre les bâtiments de la préfecture et du  conseil général réside dans le fait que la préfecture comporte un étage avec du bas en haut :
   . Le portique du rez-de-chaussée précédant la galerie construite en avant de la façade proprement dite,
   .  Une double corniche en avancée encadrant un entablement ajouré et permettant le passage de l’air. Cet entablement s’interrompt au surplomb des colonnes avec un mur plein qui rappelle les colonnettes de l’architecture classique et organise verticalement l’espace.
   . Une balustrade comportant une alternance de piédestaux construits dans le  prolongement des colonnes du portique et de  balustres aux murs pleins dans lesquels se trouvent enchâssés des bacs à fleurs.
   . En net retrait, se trouve la colonnade de l'étage formant galerie, elle est surmontée d’un toit à terrasse en avancée.

Cette élévation de la façade présente une caractéristique que l’on retrouve dans beaucoup de bâtiments construits par Ali Tur :  la dissymétrie de hauteur des étages, le rez-de-chaussée étant plus élevé que l’étage. Cette particularité est intentionnelle puisqu’elle se trouve dans nombre d’autres bâtiments, elle est encore beaucoup plus accentuée sur la façade de la préfecture à cause du fait qu'il se produit une double illusion d’optique : d’abord, cette façade n’est vue globalement qu’en contrebas, ensuite, la colonnade de l’étage est nettement plus en retrait que celle du rez-de chaussée.  Cela accentue encore la dissymétrie effective.

Le bâtiment courbe qui forme liaison entre la façade côté cour et la façade côté jardin s’intègre harmonieusement dans l’ensemble ; on en retrouve les caractéristiques générales du style d’Ali-Tur avec une haute balustrade, des colonnes surmontées des avancées de toit...


jeudi 11 février 2016

LA GUADELOUPE D'ALI TUR (3) , Basse Terre

LA PRÉFECTURE

La vue aérienne montre que, comme le conseil général,  la préfecture de Guadeloupe est construite sur un morne qui descend en pente en direçtion de la mer. Cette caractéristique fut utilisée avec bonheur  par  Ali-Tur lorsqu’il reconstruisit l’édifice.
     - Sur la pente, il aménagea un parc à l’anglaise descendant vers la rue de Lardenoy ; la partie supérieure de ce parc comporte un bassin demi-circulaire encadré par les escaliers qui mènent à la façade côté jardin.
     - Cette façade trône magnifiquement au sommet du morne, ce qui renforce la monumentalité du bâtiment en créant une magnifique perspective en particulier vue du contrebas.
     - La façade du côté de la cour est beaucoup plus conventionnelle, elle comporte un bâtiment en forme de U avec un corps central en avancée.

La façade côté jardin, de loin la plus intéressante, est construite selon les mêmes formes de base que le conseil général : portique composé de colonnes rondes, terrasse en avancée surplombant  le portique et formant auvent, structuration par les poutrelles de béton, mince entablement...

Au delà de ces  similitudes, il existe entre le bâtiment du conseil général et la préfecture deux différences importantes à la fois au niveau de l’élévation qu’à celui de l’organisation spatiale de la façade, ce qui témoigne de la faculté de renouvellement de l’architecte.

Au niveau de l’organisation spatiale de la façade, on retrouve la symétrie axiale existant dans le bâtiment du conseil général mais ici, elle est  décomposée  en cinq corps de bâtiments :
     - Le corps central est composé d’une rotonde donnant sur un vaste hall d’accueil circulaire. Il est entouré d’un portique courbe. Ce portique est particulièrement bien mis en valeur par deux faits :  il surmonte le bassin et l’escalier monumental du parc et il comporte deux colonnes accolées au lieu d’une comme dans tout le reste de l’édifice.
     - De part et d’autre de cette rotonde,  se trouvent deux corps latéraux comportant des galeries à une seule colonne.
     - Ces deux corps latéraux se terminent par deux pavillons courbes qui servent d’entrée vers la cour et forment transition avec les façades latérales.

C’est dans cette alternance des formes courbes et longilignes que se trouve l’originalité de l’organisation spatiale voulue par Ali Tur pour le palais du gouverneur devenu préfecture.

A suivre...


mercredi 10 février 2016

LA GUADELOUPE D'ALI TUR (2) , Basse Terre

LES CONSTRUCTIONS D'ALI TUR À BASSE TERRE.

Trois d'entre elles sont de grand intérêt et montrent les principaux thèmes architecturaux d'Ali-Tur : le conseil général, le palais de justice et la préfecture

Le CONSEIL GÉNÉRAL


La vue générale le montre bien, le conseil général est construit sur un morne précédé d'une assez forte pente, cette disposition augmente la monumentalité de la facade du côté jardin.  En avant de celle-ci est construit un escalier ainsi qu'un bassin pourvu d'un jet d'eau.

L'étude de la façade du conseil général permet de dégager deux caractéristiques principales que l'on retrouve dans la plupart des bâtiments construits par Ali-Tur :

D'abord au niveau de l'organisation de la façade :
 - l'architecture est ternaire avec un corps central monumental en avancée,  deux corps intermédiaires servant de transition avec deux corps latéraux en retrait et plus bas. Les corps intermédiaires mettent en valeur de manière spectaculaire le corps central. ils comportent des niches dans lesquelles sont installées deux statues de guadeloupéennes.
   - la construction à base de poutrelles de béton et de terrasses crée, dans cet édifice, des formes géométriques parallélépipédiques qui semblent s'emboîter les unes dans les autres.

Ensuite au niveau de son élévation ; en effet, la façade comporte :
      - De hautes colonnes de béton sans chapiteaux, formant portique en avant du mur de l'édifice ; derrière la colonnade se trouve une galerie ouverte sur de grandes baies protégées par des brises-lumière en béton formant des lames,  tamisant la lumière et apportant un peu de fraîcheur. Au niveau du corps central, les colonnes sont renforcées par de gros piliers.
     - Des terrasses en avancée au dessus du portique, elles forment une sorte d'auvent protégeant à la fois de la pluie et du soleil
      - Des entablements surmontent ces avancées, ils sont assez étroits de manière à ne pas rompre la monumentalité de l'édifice.

On retrouve ici  une architecture de style classique très épurée avec de grandes colonnades. Seul, un détail de cette construction tempère un peu sa sécheresse symétrique :  l'aile de droite se termine en effet par une marquise circulaire en béton qui donne un peu de fantaisie à l'ensemble.

Le corps central donne sur un grand hall qui donne sur la salle de réunion  dont on aperçoit sur la photo la surélévation et sur des bureaux de part et d'autre.

mardi 9 février 2016

LA GUADELOUPE D'ALI TUR (1)

En 1928, un cyclone ravage la Guadeloupe occasionnant de grandes destructions et nécessitant une reconstruction de nombre d'édifices publics. Pour cela, le ministère des colonies dont dépendait la Guadeloupe y envoya l'architecte Ali Tur (1889-1977),

Celui-ci réalisa un ensemble d'édifices dont l'architecture est profondément originale : il utilisa le style art-déco dominant à cette époque en  l'épurant et surtout en l'adaptant aux conditions climatiques. Ainsi écrivait-il « J'ai toujours pris soin d'orienter tous mes bâtiments de manière à ce qu'ils puissent être traversés de part en part par la brise. J'ai pris soin de remplacer les portes, les vitres et même certaines cloisons intérieures par des lames de persiennes orientables. Je construisis autant que le permirent les crédits disponibles, des galeries couvertes ou des auvents pour abriter les façades des rayons du soleil. »

Il en résultat une synthèse architecturale particulièrement harmonieuse que l'on va retrouver dans nombre de villes et bourgades de l'île. Ali Tur et son équipe d'artistes ne se borneront pas à reconstruire des bâtiments publics (préfecture, palais de justice, mairies, marchés, écoles..) ils y ajoutèrent des édifices religieux (églises et presbytère). Il en reste actuellement plus d’une centaine..

Sitôt arrivé en Guadeloupe, Ali Tur parcourut l'île afin d'évaluer les dégâts consécutifs au passage du cyclone puis s'attela à évaluer la quantité de matériaux nécessaires à la reconstruction qu'il remit au gouverneur de la Guadeloupe. Tout était prévu et évalué le plus exactement possible, du ciment aux canalisations, des menuiseries aux appareils sanitaires, des produits d'étanchéité des terrasses au carrelage. Cette méthode un peu curieuse de fonctionner avait pour cause le fait que toutes ces dépenses devaient être financées par les réparations payées par l'Allemagne au titre des dommages de guerre et consécutivement au traité de Versailles de 1919.  En conséquence, la plus grande partie du matériel ayant servi à reconstruire la Guadeloupe provint d'Allemagne.

Le cyclone avait détruit inégalement la Guadeloupe ; dans certains bourgs un ou deux édifices seulement avaient été endommagés, là, les bâtiments reconstruits par Ali Tur sont isolés dans un environnement de maisons coloniales ; par contre, là où les destructions avaient pris une grande ampleur, l'architecte fit œuvre non seulement d'architecte mais aussi d'urbaniste avec recomposition des centres villes autour d'une grande place.

Chaque édifice reconstruit possède sa spécificité, cependant tous ressortent du même style qui résulte de la technique utilisée qui consistait à créer une ossature de béton armé puis  à remplir les intervalles au moyen de parpaings. L'ossature de béton armé se remarque dans toutes les reconstructions et sert de base à l'élévation des murs comme des terrasses. Pour montrer à quel point l'architecture d'Ali-Tur est harmonieusement belle et variée, je prendrai quelques exemples particulièrement significatifs qui me permettront de faire découvrir toutes les facettes de cet artiste prolifique. 

dimanche 7 février 2016

Les WAYANAS (21), amérindiens de Guyane.

L'ÉVOLUTION DU MODE DE VIE DES WAYANAS. (Suite et fin)

Dans les conditions que j'ai décrites dans les articles précédents sur les menaces qui pèsent sur les Wayanas, qu'est-il possible de faire ?

Permettre aux indiens de se défendre par la scolarisation ? Cela a déjà été accompli mais, selon M Hurault, le remède est aussi grave que le mal :
     . D'abord, se pose la question de savoir en quelle langue il faut enseigner, les Wayanas utilisent principalement deux langues uniquement orales, une qui leur est propre, une autre qui est un jargon de diverses origines utilisé dans leur contact avec les Noirs Réfugiés et les créoles. Or l'enseignement est effectué en français, langue qui est basée sur la causalité ; en conséquence, les Wayanas peuvent apprendre du vocabulaire mais ils seront en grande partie incapables de l'utiliser dans une construction mentale de phrases.
   . Il y a si peu d'écoles que la scolarisation implique l'internat, or être interne, c'est se couper de son village et surtout de l'enseignement pratique que les parents dispensent à leurs enfants : á leur retour, les jeunes Wayanas seront coupés de leurs racines, inadaptés à la vie de la forêt, sans rien avoir appris d'utile pour la défense de leur civilisation.

Une autre solution serait de créer une zone protégée à la manière de ce qui s'est produit en Australie qui effectua la rétrocession aux Aborigènes d'une importante partie de leurs terres ancestrales. Pour cela, il faudrait :
    - interdire toute remontée des canots apportant les influences occidentales en particulier de celle des trafiquants, missionnaires et touristes et en ne l'autoriser que pour les équipes médicales itinérantes et la gendarmerie. Il suffirait pour cela d'établir des postes militaires le long des fleuves puisque les fleuves sont le seul moyen de pénétrer dans la région et de surveiller le trafic aérien. Par une telle mesure, on pourrait permettre aux indiens de retrouver leurs racines et d'oublier l'imprégnation restée superficielle des idées occidentales
    - interdire tout exploitation légale et clandestine d'orpaillage afin de permettre à l'écosystème de se régénérer.

Cette politique est cependant plus facile à écrire qu'à accomplir pour au moins trois raisons :
    . D'abord parce que le Litani et le Maroni formant frontière entre la Guyane française et le Surinam, il suffit de passer d'une rive á l'autre pour échapper à tout contrôle que voudrait imposer l'un ou l'autre des deux pays.
    . Ensuite, la forêt est très difficile à surveiller : la lutte contre les orpailleurs clandestins nécessite une surveillance constante et des moyens tels que ce n'est pas envisageable actuellement sauf si les deux pays s'accordent pour mutualiser leurs équipements, ce qui n'est pas le cas.
   . Enfin, il ne faut pas oublier l'impact économique de l'exploitation de l'or aux mains des sociétés multinationales : de 2001 à 2010, 14,2 tonnes d'or ont été extraites en Guyanes ; à cela s'ajoutent les produits de l'orpaillage sauvage.

Dans de telles conditions, il est probable que l'on abandonnera les Wayanas à leur triste sort !

En conclusion, je terminerai par deux citations concernant les blancs et émanant du livre de M Kopenawa

A propos de la pensée des blancs : "leur mémoire est ingénieuse, mais entremêlée de paroles fumeuses et obscures, le chemin de leur pensee est souvent tordu et plein d'épines. Il contemplent longuement des peaux de papier où ils ont dessiné leurs propres paroles, sans suivre leur tracé , leur pensée s'égare, elle demeure pleine d'oubli et ils deviennent alors très ignorants" .

L'image d'OMANA a dit à nos anciens chamans, " vous vivrez dans cette forêt que j'ai créée, mangez les fruits de ses arbres et chassez son gibier, ouvrez vos jardins pour planter des bananiers, de la canne à sucre et du manioc..."  Il ne leur a pas dit "abandonnez la forêt et donnez-là aux blancs pour qu'ils le défriche, creusent son sol et salissent les rivières" 

samedi 6 février 2016

Les WAYANAS (20), amérindiens de Guyane.

L'ÉVOLUTION DU MODE DE VIE DES WAYANAS. (Suite de l'article précédent) 

La destructuration sociale fait que les petits groupes sont désormais beaucoup plus isolés et donc beaucoup plus facilement vulnérables et influençables ; ils subissent alors de plein fouet les influences destructrices de notre civilisation.

Paradoxalement, selon M Hurault, la pratique du salariat au moyen de contrats temporaires de travail est beaucoup moins dangereuse pour la survie de la civilisation indienne que les méfaits des trafiquants pour deux raisons :
     . Ils permettent aux indiens de continuer à exploiter leurs terres et donc de leur permettre de pouvoir encore vivre en autarcie alimentaire.
     . Du fait de leur impulsivité du moment qui induit à des désirs irrépressibles, ils utilisent leur salaire pour acheter le premier objet qui leur fait envie sans avoir pour autant le culte de la possession.

En ce qui concerne l'introduction des modes de vie occidentales que l'on plaque artificiellement sur leur culture, elle est, d'une manière générale, un échec :
     . Les missions implantées en milieu indien ont tenté d'évangéliser leurs populations en essayant de les influencer et de les impressionner mais ils ne réussirent pas à convaincre ; tant qu'elles sont présentes, les indiens acceptent passivement leur enseignement mais sans y croire, ils restent fidèles aux chamans qu'ils redoutent beaucoup plus que les missionnaires.
     . Quant aux tentatives pour faire appliquer les principes républicains aux indiens, il suffit pour y échapper de quitter la rive guyanaise pour gagner le Surinam, ce fut le cas pour le village que j'ai visité qui avait quitté la Guyane française pour se soustraire à la communalisation.

Le danger le plus grave pour la survie des indiens Wayanas est celui de l'orpaillage. En 1990, j'avais pu apercevoir quelques unes des barges qui servaient aux orpailleurs. Il m'avait été expliqué le fonctionnement de la collecte de l'or, un homme équipé d'un scaphandre manie un tuyau relié à un compresseur qui racle le sol au fond de la rivière afin de recueillir le sable et de le remonter sur la barge, . Le sable recueilli est trié, mélangé avec du mercure, l'or se dissout dans le mercure et s'amalgame. Le mélange obtenu est ensuite chauffé, le mercure s'évapore et on peut recueillir l'or pur.

Les deux photos ci-dessus montrent à quel point les orpailleurs vivent dans des conditions très difficiles ; il fallait qu'ils soient bien pauvres chez eux pour accepter de tels conditions de survie !

De plus en plus, les orpailleurs clandestins mais aussi les chantiers d'orpaillage autorisés (qui n'ont cependant plus le droit d'utiliser le mercure depuis 2006) descendent vers le sud en envahissent le territoire Wayana, Ils installent des chantiers sur les rivières et à leurs abords en abattant les arbres pour créer des clairières  et en détournant l'eau des rivières pour exploiter leur lit.

L'écosystème subit une double pollution :
   - dans les boues rejetées lors du triage, et par le fait de la déforestation due aux chantiers établis sur les berges érodant les sols, le mercure naturellement présent dans ces sols est rejeté dans la rivière avec une plus grande concentration (eaux troubles)
   - les vapeurs de mercure polluent l'air et, par le biais des pluies, l'eau et la faune : en effet, le mercure volatile s'oxyde au contact de l'air et devient soluble dans l'eau. Par un système de bio amplification, la teneur en mercure s'accroît tout au long de la chaine alimentaire ( poissons herbivores mangés par les carnassiers)

Les conséquences en sont dramatiques : " une étude menée par l’INVS et l’INSERM3 présente les résultats de l’imprégnation mercurielle chez une population amérindienne. Dans plus de 50 % des cas, les indiens présentent une concentration en mercure supérieure à la valeur recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé, qui est de 10 µg/g dans les cheveux ; leur concentration moyenne de mercure étant égale à 11,4 µg/g (InVS, 1994). Cette imprégnation mercurielle semble résulter de la contamination de la chaîne alimentaire. Les indiens consommant de grandes quantités de poissons et le mercure étant souvent rejeté dans les rivières lors des opérations de pressage,  tout porte à croire que cette pratique est à l’origine de la contamination directe des poissons (bioaccumulation) et indirecte des populations" (source études caribéenne) 

" Le mercure élémentaire et le méthyle mercure sont toxiques pour les systèmes nerveux central et périphérique. L’inhalation de vapeurs de mercure peut avoir des effets nocifs sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, et sur les poumons et les reins, et peut être fatale. Les sels de mercure inorganique sont corrosifs pour la peau, les yeux et le tractus gastro-intestinal, et peuvent être toxiques pour les reins en cas d’ingestion.

Des troubles neurologiques et comportementaux peuvent être observés après exposition aux différents composés de mercure par inhalation, ingestion ou contact dermique. Les symptômes sont notamment les suivants: tremblements, insomnies, pertes de mémoire, effets neuromusculaires, maux de tête et dysfonctionnements moteurs et cognitifs. On a signalé des répercussions sur les reins, allant de l’augmentation du taux de protéines dans l’urine jusqu’à l’insuffisance rénale. (source OMS)

Ainsi, de ce qui précède, découlent des conséquences dramatiques : les indiens sont menacés non seulement au niveau de leur civilisation mais aussi à celui de leur survie en tant qu'être biologique.