REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
. Toutes les citations de mes articles proviennent de recherches sur les sites gratuits sur Internet



Mon blog étant difficilement trouvable par simple recherche sur internet, voici son adresse : jeanpierrefabricius.blogspot.com

jeudi 10 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (68) YASHODARAPURA 4, ANGKOR THOM

LE BAYON (suite de l'article précédent)

LE TROISIÈME NIVEAU

Le troisième étage est construit sur un soubassement dallé en latérite dominant de 5,48 m l’étage qui lui est immédiatement  inférieur et forme une terrasse quadriforme avec redents aux angles intérieurs de la croix. Ce niveau n’est pas entouré d’une galerie mais seulement d’une simple balustrade de Nagas. (ligne vert clair du plan)

Le plan ci-dessous représente de manière simplifiée les édifices élevés sur la troisième terrasse. Une chronologie de leur construction parait possible au vu des dernières recherches effectuées :
Dans un premier temps, selon ce que j’ai pu en lire,  se produisit la consécration de la statue, ; celle-ci fut retrouvée dans le puits laissé par les constructeurs lors de l’élaboration du soubassement. Elle représente un Bouddha assis en position de méditation (dhyani mudra) sur les enroulements d’un Naga dont les sept têtes dressées forment un dais autour de la tête du Bouddha. Cette statue pourrait représenter Avalokistevara dont le roi Jayavarman VII était un des dévots.

On peut penser qu’à cette époque, la cella centrale de la tour-sanctuaire ( en vert foncé sur le plan) était en seulement en construction puisque la largeur de  sa porte ne permettait pas le passage de la statue et que celle-ci fut donc protégée par une couverture provisoire.

La cella est circulaire et comporte 8 pilastres et  trois portes mais primitivement elle n’en comportait  qu’une orientée vers  l’Est. Elle fut dès l’origine entourée d’un couloir également circulaire. Ce couloir pouvait avoir deux buts :
     . Soit servir à la circumnambulation autour de la cella comme on peut la faire autour des stupas,
     . Soit être un artifice d’architecture : il était prévu d’élever au-dessus du sanctuaire une tour si haute qu’il était nécessaire de donner une assise plus large que celle de la cella proprement dit.

Autour de la cella dont on commença l’édification de la cheminée,  furent accomplis de spectaculaires travaux qui donnèrent la forme au sanctuaire actuel :
     . Construction de trois  chapelles  orientées vers les axes cardinaux et de quatre chapelles supplémentaires  dans les angles droits des axes cardinaux. Ces sept  chapelles ne communiquaient  pas à l’origine avec le couloir et n'étaient accessibles que par la terrasse au moyen d’un porche. Chacune est surmontée d’une cheminée servant à contrebuter la tour principale en la rendant plus haute et plus imposante. Le parement extérieur  de ces  cheminées forme une demi-tour comportant trois visages surmontés de faux étages figurant une coiffe.
   . Dans l’intervalle de ces chapelles, est construit un portique à piliers qui alterne avec les porches d’entrée des chapelles et  donne une forme arrondie à la base du sanctuaire.
   . Ces aménagements permettent d’élever la tour centrale à quatre visages surmontés de faux étages puis d’une double fleur de lotus figurant une coiffe unique pour les quatre visages.

La photo ci-dessous montre l’état actuel du sanctuaire central, on a peine à reconnaître les structures décrites plus haut.


Autour du sanctuaire, les constructions principales sont orientées vers les points cardinaux :
     .  Sur le côté Est (vert moyen du plan) se trouve un ensemble de bâtiments reliant la tour-sanctuaire aux trois escaliers d’accès Est  de la terrasse avec successivement d'ouest en est :
          . Un hall d’entrée inclus dans le sanctuaire et surmonté lui aussi d’une tour à trois visages  peut-être cantonnée de deux petites tours latérales.
          . Trois bâtiments successifs cruciformes surmontés de tours à quatre visages,
          . Un kiosque cruciforme avec tour à visages dominant les trois  escaliers  (en orange clair sur le plan)  permettant d’accéder au niveau inférieur.
   
     . Sur les trois autres côtés (vert clair du plan) sont construits trois bâtiments semblables cruciformes à tours à quatre visages reliant la cella aux escaliers permettant de passer du troisième étage aux étages inférieurs.( en orange clair sur le plan)

Il convient de mentionner aussi la présence d’autres bâtiments sur cette terrasse : trois portent des tours à visages, deux sont couverts d’une voûte à double encorbellement et ressemblent aux bibliothèques que l'on trouve ailleurs.

A suivre...

mardi 8 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (68) YASHODARAPURA 4, ANGKOR THOM

LE BAYON

On a utilisé de nombreux termes pour qualifier le Bayon : impressionnant, surprenant, mystérieux, onirique... Tous ces termes sont exacts : sitôt que l’on entre dans le temple, on se sent pris dans une atmosphère étrange où de curieux visages au sourire énigmatique surplombent le visiteur circulant dans des allées et des galeries qui semblent labyrinthiques. A cela s’ajoute l’ambiance générale  du monument ;  les visages, miraculeusement épargnés pour la plupart,  semblent émerger, de l’amoncellement ruiniforme des tours qui les portent. Pourtant, ce temple qui parait d’une grande complexité est d’une structure plus simple que l’on pourrait le croire comme en témoigne la photo aérienne ci-dessous :

.1- cella centrale,
.2- ensemble de bâtiments orientés vers l’est et constituant l’entrée du temple,
.3- terrasse de forme de croix latine avec redents constituant le troisième étage,
.4- ensemble de tours et de galeries épousant la forme de la terrasse supérieure, construit en deux paliers successifs sur la dénivellation séparant  les niveaux  supérieurs et inférieurs,
.5- extension des galeries ayant permis de passer du plan quadriforme au plan carré,
.6- enceinte inférieure.

Selon ce que j’ai pu en lire, les structures 1, 2 et 3 datent des premières phases de construction puis se produit une deuxième phase avec la construction des structures 5 transformant la forme de croix en forme carrée. La dernière phase voit l'élaboration de l’enceinte extérieure ( n°6 du plan)

La description que je ferai du Bayon correspondra, non à cette chronologie car elle est incertaine et diverge selon les auteurs,  mais par niveaux d’étagement en commençant par la troisième terrasse.

A suivre...

lundi 7 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (67) YASHODARAPURA 4, ANGKOR THOM

LA CITÉ D’ANGKOR THOM

Les quatre portes orientées vers les points cardinaux sont prolongées par quatre rues principales  qui constituent l’ossature de la cité et la divise  en quatre carrés égaux. A l’intersection des axes nord-sud et ouest-est est érigé le BAYON, temple d’Etat de  Jayavarman VII.

La présence d’une cinquième appelée  « porte de la victoire » semble constituer une anomalie par rapport par rapport à la rigueur géométrique en cours dans les constructions d’Angkor. Cela s’explique par le fait que la ville n’a pas été construite sur terrain vierge : il subsistait des édifices que le roi se devait de conserver ne serait-ce que par fidélité envers ses ancêtres. En conséquence, Angkor Thom représente l’association de deux structures imbriquées comme le montre la description du centre de la ville  dessinée ci-dessous :

La structure urbaine héritée des époques antérieures :
   .1- le Palais Royal centré autour du temple Phineamakas, dont la construction s’est principalement effectuée sous le règne de Suryavarman 1er (1002-1050),
   . 2- une grande esplanade construite en avant du podium limitant le Palais Royal,
   . 3- une voie dite de la victoire partant du Palais Royal pour se diriger vers le Yashodharatataka (Baray occidental) puis vers le Mebon oriental ; c’est sur cette voie, sans doute processionnelle,  que Jayavarman VII construisit la cinquième porte.
   . 4- le Baphuon, temple d’état de Yashodharapura 2 édifié à l’époque d’Udayadityavarman VII dont l’enceinte extérieure fut prolongée pour se raccorder sur l’esplanade.
   . 5- Il est probable que les deux Kleang nord et sud ont été aussi construits antérieurement au règne de Jayavarman VII

De l’époque d’Angkor Thom datent les autres structures  :
     . 6- le Bayon, dont l’entrée principale s’ouvre vers l’est    
      . 7- Les voies principales provenant des quatre portes :
               . L’axe Ouest-est aboutit aux tours axiales du Bayon.
               . L’axe nord-sud  possède un tracé particulier puisqu’il n’est pas orienté vers l’axe du Bayon mais légèrement décalé vers l’est. L’axe du Bayon est orienté en effet selon une voie qui longe le podium du palais et l’enceinte du Baphuon. Cette différence est due sans doute à la volonté de relier le nouveau temple aux structures antérieures.
      . En avant du podium  du Palais Royal, donnant sur l'esplanade, furent construites deux terrasses monumentales : la terrasse dite des éléphants (9) et la terrasse du roi lépreux (8).
     . 10- enfin, il est possible que les douze tours du Prasat Sour Prat datent de l’époque de  Jayavarman VII.

Prochain article : le Bayon.

samedi 5 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (66) YASHODARAPURA 4, ANGKOR THOM

LES PORTES DE LA VILLE D’ANGKOR THOM

Les chaussées décrites dans l'article précédent donnent accès aux portes de la ville.

Ces portes possèdent un plan d’ensemble conforme à toutes les tours et pavillons d’entrée comme le montre le plan ci-contre de la porte des morts   :
     . Le plan est cruciforme avec salle centrale et  quatre bras latéraux, .
     . Les bras axiaux constituent les porches qui permettent d’accéder à la ville. Ces porches sont surmontés d’une voûte à double encorbellement masquée, autrefois au niveau de l’entrée, par un tympan sculpté. Sur les deux photos ci-dessous, ce tympan a disparu en sorte que l’on aperçoit l’encorbellement
     . Les bras latéraux sont prolongés par une petite salle qui forme transition entre la forme en croix et le mur d’enceinte,
     . Sur la face extérieure des deux salles de liaison sont construits deux bastions de défense de la porte.

Les photos des portes Nord (vue de l'extérieur) et Sud (vue de l'intérieur) montrent que trois éléments principaux viennent différencier ces portes de celles antérieurement construites :

 D’abord, on note la présence  de tours à visages :
          . La salle centrale comporte une cheminée dont le parement est constitué de deux visages regardant pour l’un vers l'extérieur et pour l’autre vers l’intérieur.
          . Les deux salles latérales sont surmontées de tours un peu moins hautes que la tour centrale et comportent des visages tournés vers la gauche et vers la droite. Chaque visage est donc orienté  vers un des  points cardinaux.

Au-dessus du visage, on retrouve les mêmes formes  que dans les tours-sanctuaires traditionnelles avec un empilement de faux étages  de plus en plus étroits afin de figurer une structure conique terminée par une forme de fleur de lotus ;  ce qui fait la différence sur les tours à visages par rapport aux sculptures traditionnelles est que ces étages dénivelés semblent constituer la coiffe ou la tiare surmontant les  visages.

Ensuite, dans les coins situés entre les bras de la croix sont représentées trois têtes  d’éléphants terminées par leur trompe, elles figurent Aivarata, la monture d'Indra. Comme dans les temples du Preah khan et du Ta Prohm, l’enceinte de la ville d’Angkor Vat est placée sous la protection des dieux de l’hindouisme.

Enfin, en élévation, entre la statue d’Aivarata et la base des moulures portant les tours latérales se trouve un mur qui devait être orné de frises  dont une d’orants les mains jointes.


vendredi 4 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (65) YASHODARAPURA 4, ANGKOR THOM

LE REMPART

La grande originalité d’Angkor Thom est la création d’un rempart entouré de douves ; jusqu’alors, les Khmers pensaient que la bienveillance des Dieux suffisait à protéger la ville et donc qu’il était inutile de se prémunir des hommes. L’invasion des Chams avait montré la fausseté de cette allégation, la ville fut donc puissamment fortifiée. La présence du rempart précédé de sa douve est d’un grand secours pour le visiteur qui peut se rendre compte de la topographie de cette ville qui forme un carré dont chaque côté mesure 3km,  ce qui crée une ville de 9km2 de superficie.

Le rempart d’Angkor Thom se décompose en deux parties :
     . Sur l’extérieur, s’élève une muraille en latérite de huit mètres de haut qui domine la douve large de 100m.
     . Vers l’intérieur, se trouve un glacis en terre aménagé en chemin de ronde.
Un petit temple est construit dans chaque angle de la muraille intérieure, les Prasat Chrung dédiés à Avalokistevara.

La muraille comporte cinq portes dont quatre sont axiales sur les quatre côtés et s’ouvrent vers les points cardinaux. La cinquième, appelée porte de la victoire, emprunte un chemin antérieur à l'édification d'Angkor Thom  menant du Palais Royal au Baray oriental en direction du Mebong oriental. Les cinq portes présentent toutes le même aspect et illustrent parfaitement le style du BAYON.

On accède à ces portes et à la ville par une chaussée franchissant les douves. Cette chaussée est bordée de deux balustrades comportant 54 sculptures de chaque côté et illustrant, comme au Preah Khan, le barattage de la mer de lait ; d’un côté se trouve les deva (dieux), de l’autre les Asura (démons) ils tirent tous sur le roi des Nagas, le serpent Vasuki.

Les quatre photos ci-dessous représentent de gauche à droite :
   . Les dieux tirant le serpent on aperçoit son corps terminé par ses têtes relevées,
   . Les démons tirant le serpent, au premier plan se trouve Vichnou reconnaissable à des têtes empilées les unes sur les autres,
   . Un Deva,
   . Un Asura.

jeudi 3 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (64) YASHODARAPURA 4, ANGKOR THOM

Une fois l’invasion Cham terminée, JAYAVARMAN VII se consacra à la seconde tâche qu’il s’était fixée, la reconstruction du royaume Khmer ruiné après les dévastations et les pillages des Chams.

En même temps qu'il effectua la dédicace  du Ta Prohm et du Preak-khan mentionnée par leurs stèles, le roi s’attela à la reconstruction de sa capitale. Jayavarman VII trouva en effet Yashodharapura en grande partie détruite, il est probable que seules les superstructures des temples-montagnes avaient été préservées ainsi que Angkor-Vat protégé par son enceinte et ses douves. La situation de la capitale était telle que le roi décida de rebâtir une ville neuve sur les ruines de l’ancienne, ce fut Angkor Thom (nom actuel)

Le site d’Angkor Thom se trouve idéalement situé au cœur des travaux antérieurs d’aménagement : il est situé entre les deux Baray occidentaux et orientaux, au centre de la zone irriguée encore augmentée par le creusement du baray  de Jayatataka.

La nouvelle capitale se rattache aussi aux plus anciennes traditions Khmères et aux cités antérieures : au sud se trouve le Phnom Bakeng, temple-montagne de Yashodharapura 1 construit par Yashodvarman 1er plus loin s’élève Angkor-Vat, temple montagne de Suryavarman II. Quant au Baphuon, temple montagne d'Udayadityavarman VII, il est englobé dans la nouvelle ville ainsi que l’ancien Palais Royal et le temple de  Phimeanakas.

À suivre...

mercredi 2 novembre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (63) YASHODARAPURA 4, LE TEMPLE DU PREAH KHAN

LA VUE D’ENSEMBLE DE L’ENVIRONNEMENT RÉGIONAL DU PREAH KHAN

La stèle donne un certain nombre de renseignements topographiques :
   . Stance 158 .... Ce roi a placé (face à Jayacri)  un miroir le Jayatataka plein de beauté.
   . Stance 159 : Cette masse d’eau rougie par la lumière des temples d’or et fardée de la couleur du lotus resplendit prenant l’aspect de sang qui a créé le Bhargava.
   . Stance 170 : A l'intérieur de ce réservoir, il y a un îlot agréable par son bassin (ou ses bassins) qui regroupe en un lieu unique les eaux de tous les tirtha, îlot excellent qui efface la boue et les fautes de ceux qui la touche, qui sert de radeau pour traverser l’existence.

Ces stances donnent l’idée de l’environnement immédiat du temple du Preah-khan à l’époque de JAYAVARMAN VII :

    . En avant de la ville, le roi a fait creuser un BARAY appelé Jayatataka, ce bassin alimentant la ville de Jayacri et plus tard celle d’Angkor Thom.
    . Au centre de ce lac, s’élève un îlot sur lequel le roi a fait construire un temple appelé actuellement le NEAK PÉAN. Le temple actuel est centré autour d’un plan d’eau donnant sur quatre piscines ; leur eau est réputée à la fois pour guérir les malades mais aussi pour les purifier de leurs fautes. Selon certains auteurs, il se peut que le site ait été aménagé antérieurement à l’époque de  JAYAVARMAN 7

L’association de la ville de Jayacri et du Baray de Jayatataka ne représentent que le centre du complexe cultuel : les possessions et les dépendances du temple constituent une vaste conurbation que la stèle décrit en détail sans toutefois que l’on puisse identifier la plupart des localités cités.

Ainsi, sont mentionnés dans la stèle que le roi et les propriétaires des villages ont donné au temple 5324 grama (villages ? ) qui sont chargés de fournir au temple tout ce qui lui est nécessaire selon une liste très précisément établie et que la population totale sous la dépendance du temple est de 97.840 hommes et femmes .

 Du  temple dépendent aussi :
     . Une trentaine de fondations royales dont dix sur les bords du Yashodharatataka «  pour accomplir des actes pieux »,
     . 1512 kuti avec en tout 2989 résidents ou étudiants, ce qui montre que l’université bouddhique de Jayacri comporte de nombreuses annexes, la ville de Jayacri ne comportant que 29% de ces cellules.
     . 121 maisons de feu (gîtes d’étapes), ces édifices ont sans doute une double fonction :
          . Accueillir ceux qui circulent sur la route,
          . Essaimer le bouddhisme dans le pays khmer à dominante hindouiste, chaque sanctuaire des gîtes d’étapes étant dédié au Bouddha.

Les dépendances du Preah Khan ne comportent pas d’hôpitaux à la différence de celles du Ta Prohm qui en gérait 102. Il dût se produire une répartition des tâches, les hôpitaux dépendent du Ta Prohm, les gîtes d’étapes du  Preah Khan : par ces deux types d’établissements, la compassion du roi s’étend sur tout le royaume à l’image de celle du bodhisattva Avalokitesvara.

La stèle cite bien d’autres chiffres mais ils ne sont pas  significatifs de la structure et de la vie de Jayacri et de ses annexes. (1)

Au total, le Preah khan présente de nombreuses similitudes avec le Ta Phrom :
     . Association d’un temple et d’une ville au centre d’un vaste ensemble de biens, de temples et d’édifices à vocation publique,
     . Multiplicité des dieux auquel on rend un culte dans des chapelles séparées,
     . Peu d’innovations architecturales ni dans le plan (succession d’enceintes concentriques) ni dans les formes architecturales (tours cruciformes  à faux étages, galeries à double portique)
La seule évolution notable concerne la coexistence dans les sculptures des deux religions bouddhistes et hindouistes.

-1 : Les autres informations globales mentionnent
. 514 prasata (tour-sanctuaire) et valabbi, (oratoires ?) dont 102 dans le temple lui-même,
. 2066 sections de construction en pierre, dont 485 sections de maisons en pierre dans le temple
. 16490 brasses (1 brasse =environ 1,8m) de murailles en latérite dont 2238 pour le temple en cinq endroits,
. 24628 brasses de périmètres de bassins,

lundi 31 octobre 2016

Un regard sur ANGKOR (CAMBODGE) (62) YASHODARAPURA 4, LE TEMPLE DU PREAH KHAN

L’ENCEINTE DE LA VILLE

Elle est formée d’un mur en latérite précédé d’une douve. L’ensemble est interrompu par quatre pavillons d’entrée à gopura ; la plus représentative de ces entrées est celle qui est orientée à l’ouest, elle est figurée  sur les photos ci-dessous.


L’ensemble (photo de gauche) comporte trois pavillons quadriformes reliés par de courtes galeries de hauteur légèrement moindre que  celle des bras des pavillons. La salle centrale est surmontée de tours dont le parement masque la cheminée centrale.

La structure extérieure de ces tours (photo du centre) est la même que celle des tours traditionnelles de l’art khmer :
     . Deux piliers supportant un linteau et un tympan limité par une forme ondulée de nagas,
     . Deux colonnes moulurées encadrant la porte,
     . Des faux étages dénivelés reprenant la forme de base du premier niveau avec fausses portes encadrées de piliers et de linteaux comportant un tympan,
     . Une forme terminale en fleur de lotus.

La décoration des tympans montre cependant une différence par rapports aux tours traditionnelles : au lieu de représentations des dieux et croyances hindouistes, on trouve ici des alignements de bouddhas ou d’orants en méditation, ceux-ci subsistent au niveau des étages, par contre ceux du premier niveau ont été martelés lors de la réaction shivaïte qui suivit le règne de Jayavarman VII. Aucun de ces gopura de cet ensemble ne porte de visage.

En avant de l’entrée principale, se trouve une chaussée permettant de passer les douves. Elle est bordée d’une balustrade (photo de droite) qui illustre le mythe vichnouïste du barattement de la mer de lait. D’un côté, les asuras (démons) tirent sur le serpent Vakusi, de l’autre, les deva (dieux) font de même. Cette entrée témoigne, encore une fois, de la coexistence de l’hindouisme et du bouddhisme dans la ville. De même, l’enceinte de la  ville comporte, comme au Ta Phrom, des représentations de Garuda en homme à tête d’oiseau les bras levés comme s’il supportait et protégeait le temple en empêchant les démons d’entrer.  Ainsi, le temple bouddhiste semble placé sous la sauvegarde des dieux hindouistes et plus spécialement sous celle de Vichnou en tant que préservateur de l’ordre cosmique.

Au-delà, de la chaussée bordée de la représentation du barattement de la mer de lait, se trouve, vers l’Est une avenue qui mène au baray du Jayatataka qui sera évoqué postérieurement.

Cette avenue est bordée d’une enfilade de stèles permettant de donner une signification théologique indubitable à cette harmonieuse synthèse entre l’hindouisme et le bouddhisme que l'on trouve partout dans Jayacri.

 Cette stèle comporte deux niveaux :  en dessous est représenté un Garuda aux bras levés qui semble supporter, au-dessus, le Bouddha en méditation au moment de l’illumination. Pour moi, cette scène révèle bien les mentalités religieuses de Jayavarman 7 pour qui l’Hindouisme et le Bouddhisme sont étroitement imbriqués :
     . L’essentiel du message bouddhiste est l’illumination par laquelle Siddhartha Gautama est devenu le Bouddha,
     . Les concepts théologiques de l’Hindouisme font de Siddhârta Gautama- Bouddha le 10e et le plus récent avatar principaux de Vichnou et le 24e des 25 avatars totaux de ce dieu ; à ce titre, il est normal qu’il soit représenté avec Garuda, la monture habituelle de Vichnou.

Ainsi, en figurant le Bouddha et sa monture, le roi semble dire à son peuple qu’il sait attaché à la Trimurti , le bouddhisme n’est pas une religion nouvelle, elle est simplement le dernier développement du culte de Vichnou dont d’ailleurs Suryavarman 2 avait fait sa divinité principale à Angkor-Vat.

A suivre...