REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
. Toutes les citations de mes articles proviennent de recherches sur les sites gratuits sur Internet



Mon blog étant difficilement trouvable par simple recherche sur internet, voici son adresse : jeanpierrefabricius.blogspot.com

dimanche 24 janvier 2016

Les WAYANAS (10), amérindiens de Guyane.

L'ORGANISATION SOCIALE DU VILLAGE

Le régime matrilocal se conjugue au niveau social par la prééminence des hommes : le père détient l'autorité sur sa famille et participe à l'éducation de ses enfants.

Il existe un  chef du village mais sa fonction n'est plus qu'une survivance du passé guerrier des Wayanas. Il donne son avis, suggère des solutions mais ne les impose pas, d'ailleurs, les indiens Wayanas n'accepteraient qu'on les commande.

Dans cette société, Il n'y a pas d'appropriation des terres tant au niveau du village lui-même qu'à celui du particulier, cela est dû d'abord à la faible densité de la population qui permet de déplacer le village sans que l'on se heurte à un voisin ; de même, les indiens ne sont pas attachés à la terre, elle ne leur sert qu'à se pourvoir en nourriture. La seule appropriation individuelle existante découle du principe que celui qui a défriché une terre la conserve tant qu'il décide de la cultiver. Il arrive que les indiens se groupent en particulier au niveau de la constitution des abattis ; cependant, il ne s'agit pas d'un travail communautaire mais beaucoup plus d'un système du prêté-rendu, il faut que l'autre rende les journées de travail qu'on lui a fournies.

Au niveau de la vie matérielle, la femme est dépendante de son mari, sans qu'existe vraiment de lien de subordination : c'est le mari qui effectue les ventes des objets fabriqués (vannerie par exemple) et qui achète ce dont sa femme a besoin ; hommes et femmes travaillent ensemble à planter l'abattis, mais c'est la femme qui se rend seule à l'abattis pour récolter le manioc.
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Cette société traditionnelle possédait donc des caractéristiques qui étaient aux antipodes de nos organisations sociales :
     . Des familles élargies organisées par génération alors que nous privilégions la structure familiale au sens étroit du terme.
     . Une famille constituée surtout par référence à l'aïeule commune alors que notre société établit la prédominance de la filiation par l'homme,
     . Une appropriation des terres effectuée temporairement et uniquement pour assurer sa subsistance alors que notre système  implique l'accumulation des richesses.
     . une grande égalité entre les indiens qui découle de l'absence de propriété privée alors que notre société implique l'inégalité de fait au nom de la libre-entreprise.
     . Un lien étroit des indiens à leur environnement qu'ils respectent au nom de leurs croyances animistes tandis que nos civilisations veulent asservir la nature à nos besoins sans souci de sa préservation.

Est-ce alors cette société ante-industrielle que je recherchais pour témoigner de la nature de l'homme ? Pour mieux le mesurer, il peut être intéressant d'étudier les modes de pensée des Wayanas.

samedi 23 janvier 2016

Les WAYANAS (9), amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent. 

La situation est exactement semblable au niveau d'une fille appelée X dans le tableau : au niveau de la génération N sont utilisés les qualificatifs suivants :
     - FRERES, garçons  issus des mères de la génération précédente,
     - SOEURS, les filles issues des mères de la génération précédente
     - BELLE SOEUR, les filles issues des beaux-pères de la génération précédente,
    - ÉPOUX, les garçons issus des beaux-pères de la génération précédente avec qui elle pourra se marier.

Ce système de matrilignage se conjugue avec un système de patrilignage exactement parrallele avec une organisation semblable pour X, cela donne :
     - N-2 : GRANDS PÈRES
     - N-1 : PÈRES  ET BELLES-MÈRES
     - N : ÉPOUX, BELLES-SŒURS, FRÈRES , SOEURS

L'adjonction de ces deux systèmes conduit à un système mixte complexe basé sur trois idées principales :
     - le matrilignage associé au patrilignage qui se caractérisent par des appellations qualifiant chacun l'un par rapport aux autres,
     - la création de niveaux générationnels sans toutefois que se définissent des classes d'âge spécifiques,
     - des règles strictes concernant le mariage endogame  qui n'est effectué qu'avec ceux ou celles que l'individu appelle époux ou épouse, et qui conduisent à ce que les membres du village vivent en vase-clos.

Pour qu'un tel système fonctionne, il faut que le village comporte au minimum 40 à 60 personnes. Comme ce n'est pas généralement le cas, il est nécessaire de pratiquer le mariage exogame, ce qui a vu l'apparition de  principes dérivés  :
     - Les filles restent dans le village de leur mère,
     - les garçons s'installent dans le village de leurs femmes et aident leurs beaux-pères dans son travail en guise de compensation.

A suivre...

vendredi 22 janvier 2016

Les WAYANAS (8), amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent

LES LIENS DE PARENTÉ

Le village était traditionnellement structuré autour d'un système de parenté complexe qui était basé sur un double système
     - le matrilignage en tant que groupe de base fondé sur une aïeule commune avec transmission par les femmes. Cependant, il existe parallèlement un patrilignage basé sur l'ancêtre masculin.
     - l'endogamie, le mariage à  l'intérieur de la parenté limité à ce que chacun appelle époux ou épouse
Á la différence de ce que l'on trouve en Afrique noire, aucun culte n'est rendu à l'ancêtre commun qui n'est pas considéré comme le protecteur de sa lignée.

Ce système traditionnel se révèle en particulier dans le qualificatif employé dans la dénomination des membres du lignage.

Voici d'abord l'exemple d'un homme appelé Y dans le cadre du matrilignage :

   . Á la génération N-2, Y appelle toutes les femmes de cette génération GRAND-MÈRE, qu'il s'agisse de sa grand-mère effective ou de sa grand mère classificatoire qui n'est donc pas sa grand-mère véritable au sens où nous l'entendons.

   . Á la génération N-1, Y utilise deux termes pour qualifier les gens de cette génération, enfants des grands mères :
           - les femmes sont toutes qualifiées de MÈRE ,
           - les hommes sont appelés BEAU PÈRE , dont une partie est l'équivalent de nos oncles maternels

   . Á la génération N, apparaissent quatre qualificatifs : Y appellera :
           - SOEURS,  toutes les filles issues des mères de la génération précédente.
           - FRÈRES, Tous les garçons issus des mères de la génération précédente.
           - BEAUX-FRERES, tous les garçons issus des beaux-pères de la génération précédente.
           - ÉPOUSES, toutes les filles issues des beaux-pères de la génération précédente. C'est parmi elles que Y devra choisir une épouse.

A suivre...

jeudi 21 janvier 2016

Les WAYANAS (7), amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent

LES CULTURES

Á l'inverse des Noirs Réfugiés qui n'hésitent pas à installer leurs abattis loin du village et s'y rendent en pirogue, les indiens Wayanas établissent leurs cultures aux abords immédiats du village en sorte qu'une simple marche de quelques minutes suffit pour les apercevoir.

Pour cultiver le manioc, il est nécessaire de défricher un coin de forêt,  les indiens, tout comme les Noirs Réfugiés commencent à mettre le feu dans ce qu'on appelle l'abattis. Cette pratique sur brûlis est indispensable :  le sol étant délavé, il est pratiquement infertile, il convient donc de l'enrichir grâce à la cendre. Les Wayanas plantent alors le manioc, il suffit de mettre une branche dans le sol pour qu'elle repousse ; de même, comme on le voit sur la photo, sont plantés des arbres fruitiers et des bananiers. Les abattis sont de petite taille, environ 400 m2 par famille.

Au bout de quelques temps, l'abattis devient un fouillis végétal car les arbres repoussent en même temps que le manioc si bien que l'on a du mal à reconnaître le champ cultivé. Après plusieurs années, il est nécessaire de changer d'abattis soit du fait que la terre est devenue infertile,  soit à cause de l'apparition des fourmis manioc ; très vite, la végétation naturelle reprend le dessus et il s'établit une forêt secondaire au sous-bois très abondant dominé par quelques arbres plus grands.

Plus loin encore, la grande forêt se développe avec ses caractéristiques habituelles : grands arbres sempiternels aux feuillages se rejoignant d'un arbre à l'autre, formant une canopée sous laquelle règne une pénombre chaude et moite ; lianes de toutes sortes utilisant l'arbre comme support, soit en s'enroulant autour du tronc, soit en s'agrippant sur le tronc pour s'élever vers la lumière ; plantes épiphytes accrochées aux hautes branches dont les racines pendent presque jusqu'au sol ; sous-bois abondant constitué en particulier par la pousse des fruits des grands arbres tombés au sol ; sol spongieux parcouru par les insectes...

Partout se produit une compétition pour accéder à la lumière, les jeunes arbres tentent de s'élever le plus haut possible. Ils sont le vivier du renouvellement de la forêt ; en effet, lorsqu'un grand arbre meurt, il entraîne dans sa chute d'autres arbres tant leurs branches sont entremêlées, cela constitue une clairière de lumière permettant aux jeunes arbres de se développer.. C'est d'ailleurs dans ces clairières que les Wayanas cultivaient autrefois, à l'époque où ils n'étaient pas établis au bord de l'eau.

Dans ces conditions, la vitalité de la végétation empêche toute construction de routes, seuls des chemins permettent de s'enfoncer dans la forêt ; si on ajoute à ce fait que le fleuve n'est accessible qu'aux canots, on peut mesurer à quel point, les Wayanas sont largement coupés du monde.

Ce milieu de vie, bien que difficile, n'est cependant pas hostile à l'homme du moins si il sait s'adapter à lui sans vouloir singer les modes européennes ; à cet égard, remplacer les toits de palmes par des toits de tôle est une aberration :  alors que les toits anciens formaient écran à la chaleur, les toits de tôle la laissent passer et même surchauffent l'intérieur de la maison.

A suivre...

mardi 19 janvier 2016

Les WAYANAS (6) amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent

La dernière case est le TUKUSIPAN, la grande case servant aux fêtes et aux cérémonies. Sur le faite intérieur de cette case se trouvent deux objets de grande importance : le disque maluana du plafond et les cages servant au maraké.

Le disque central comporte dès représentations de trois esprits des eaux (ipo) dont il faut se méfier car ils sont particulièrement redoutables :
   . Molokot : un monstre aquatique ayant simultanément des pattes et des nageoires,
  . Kuluwayak : monstre à deux têtes qui autrefois dévorait les indiens,
  . Esprits Tamok : des nains vivant dans la rivière venant de nuit dans les villages s'attaquer aux enfants.

Le second type d'objet qui est conservé dans le TUKUSIPAN sont les cages à MARAKE (Kunana) qui servent à l'épreuve des guêpes et des fourmis. C'est un rite essentiel pour les wayanas qui se produit sur chacun à partir de l'âge de 11-12 ans et qui se renouvelle périodiquement dans la vie (théoriquement jusqu'à huit fois, en réalité quatre au grand maximum). Cette épreuve ne possède pas de caractère obligatoire, subir le MARAKE est, pour l'indien, une grande fierté qui prouve son courage.

Sitôt que dans un village, on décide d'un MARAKE, chaque candidat se fait connaître. L'ensemble des rites dure trois mois ponctués de cérémonies de danses rituelles alternant avec des périodes de réclusion des candidats. L'épreuve proprement dite se déroule à la fin des trois mois. Les cages sont emplies de fourmis et de guêpes et on les applique sur le dos ou la poitrine. L'épreuve dure quelques minutes, c'est assez pour infliger de grandes souffrances qu'il faut supporter sans sourciller.

Le costume des aspirants au Maraké

Le DEGRAD
il est l'objet d'un intense lieu de vie, les canots y sont amarrés, on y vient aussi pour se laver, faire la vaisselle, laver le linge.. Les enfants s'amusent à pêcher à l'arc, c'est là aussi où accostent les habitants des villages invités lors des fêtes...


Sur la photo, on peut se faire une idée de l'environnement des wayanas, une rivière large aux berges couvertes de forêts denses à perte de vue.



A suivre...

dimanche 17 janvier 2016

Les WAYANAS (5) amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent

La troisième sorte de case est celle qui permet la préparation du manioc, base de la nourriture des Wayanas. Dans cette case se trouvent les ustensiles qui permettent son traitement.



Le manioc est d'abord râpé, pour cela, on utilise actuellement une boîte de conserve que l'on aplatit et dans laquelle on perce des trous. La pâte obtenue est ensuite mélangée à de l'eau puis mise dans une couleuvre, un grand sac tressé comme celui qui est posé sur une traverse sur la photo ci-dessus, la couleuvre est suspendue verticalement à un arbre de manière à permettre au jus toxique du manioc de s'écouler.

Il en résulte de gros boudins de  manioc blanc que l'on dépose ici dans un ancien canot hors d'usage.

Le manioc est ensuite cuit sur une grande plaque de cuisson posée sur trois pierres et mangé en galettes. (Cassave)

On peut aussi faire fermenter le manioc pour en faire une boisson appelée CACHIRI qui servira lors des grandes fêtes et pendant les MARAKE (rite d'initiation). Autrefois, selon ce que j'ai appris dans ce village, le cachiri était fabriqué par les femmes qui mâchaient le manioc et le recrachaient pour que se produise la fermentation

Hormis les galettes de manioc, les wayanas se nourrissent essentiellement de poissons qu'ils pêchent à l'arc et aussi à l'hameçon en particulier sur les bancs rocheux des sauts. C'est pour eux le principal apport de protéines et de lipides.

Ils mangent très peu de viande, et cela pour trois raisons :
     . Le gibier est rare dans la grande forêt,
     . Il existe de nombreux tabous que l'on ne doit pas transgresser à propos de ces animaux
     . Les animaux d'élevage ne sont pas mangés, les wayanas les considèrent comme impurs puisqu'ils ont été nourri avec des déchets, ils élèvent simplement quelques poulets et des chiens pour la vente.

Par ailleurs, leur nourriture comporte les produits de leurs jardins, (bananes, ignames, canne à sucre, ananas...) et de cueillette (œufs de tortues, larves, insectes...)

A suivre...

samedi 16 janvier 2016

Les WAYANAS (4) amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent

La case de jour est un simple abri couvert d'un toit de palmes avec simplement une paroi en rondins du côté où se trouve le foyer. Celui-ci ne comporte que trois bûches disposées à 120° l'une par rapport à l'autre que l'on enflamme et que l'on entretient pour former de la braise. Tout autour se trouvent de petits bancs taillés dans un seul tronc où l'on s'assied pour manger. De part et d'autre de la case sont construites, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, des étagères et des sortes de tables sur lesquelles est posée la vaisselle.

Cette photo montre aussi que les Wayanas possèdent de nombreux ustensiles provenant de notre civilisation : bouteilles, boîtes et seaux en plastique ainsi que des cuvettes en fer blanc décorées de motifs colorés ; de même à l'arrière de la case-cuisine de cette photo se trouve une case de nuit en planches et toit de tôles. On trouve même dans le village des transistors !

Cette intrusion de produits européens dans ce village perdu est une des nombreuses surprises dont on peut s'étonner lors de la visite ; en fait, les Wayanas sont depuis longtemps au contact du monde extérieur :
     . Ce fut, en premier lieu, par le fait des Noirs Réfugiés avec qui s'effectuait un commerce de troc : les wayanas échangeaient leurs produits (chiens, vannerie) contre la fourniture par les Noirs Réfugiés de perles et d'objets du quotidien provenant des colonisateurs.
     . Depuis qu'ils disposent de hors-bords, les wayanas purent remonter le cours du Maroni et effectuer eux-mêmes l'achat des produits nécessaires, beaucoup, en effet, pratiquent le travail temporaire (contrats de courte durée ou effectué à la tâche) et disposent d'argent.
     . Enfin la venue des touristes créé des envies là où il n'en existait pas auparavant : quand nous sommes arrivés dans le village, celui qui nous accueillit arborait un tee-shirt publicitaire dont il semblait très fier !

Cette influence serait dommageable au niveau de la civilisation Wayana si elle influait sur leur structure mentale ainsi que sur leurs modes de vie. Á l'époque de ma visite du village, cela ne semblait pas trop ressortir, au moins dans la vie quotidienne.

A suivre...

vendredi 15 janvier 2016

Les WAYANAS (3) amérindiens de Guyane.

Suite de l'article précédent

J'ai visité un village Wayana á la fin du 20eme siècle et en ai rapporté ces quelques photos témoignant à la fois de la civilisation passée et de quelques apports occidentaux.

Le village est toujours organisé de la même manière :
     . Au centre, le TUKUSIPAN utilisé lors des fêtes et des réunions,
     . Tout autour, un large espace servant aux évolutions lors des danses rituelles,
     . Puis se trouvent les maisons d'habitation,
     . Sur le pourtour du village proprement dit, sont plantés des arbres immédiatement utiles à la vie quotidienne, arbres à flèches, roucouyers, calebassiers...
     . Une importance toute particulière est accordée au degrad ( zone d'accostage des canots),
     . Enfin, au delà, dispersées dans la forêt proche, se trouvent les plantations de manioc.

Les cases sont de trois sortes :
     - des cases de jour servant de cuisine,
     - des cases de nuit,
     - des cases servant à préparer le manioc.

La case de nuit est construite sur pilotis, elle est surmontée d'un toit à quatre pans fait de palmes et ne possède, au niveau de ce toit, qu'une petite ouverture triangulaire sous le pignon.

La case de nuit est accessible par une échelle et ne comporte en façade qu'une seule porte et pas de fenêtres. Les murs sont construits en rondins accolés. Á l'intérieur se trouvent des hamacs ainsi que des bidons qui servent à conserver à la fois les affaires personnelles et l'essence pour le moteur hors-bord.

Comme on le voit sur cette photo, le sol est très propre, il est en effet balayé tous les jours. Derrière les cases se trouve une rangée d'arbres cultivés dont ici des palmiers.

A suivre...