REMARQUE
. Tous les articles de ce blog ont été rédigés par moi-même sans emprunt littéral à d'autres auteurs, ils sont le fruit d'une documentation personnelle amassée au cours des ans et présentent ma propre vision des choses. Après tout, mon avis en vaut bien d'autres.
. Toutes les citations de mes articles proviennent de recherches sur les sites gratuits sur Internet



Mon blog étant difficilement trouvable par simple recherche sur internet, voici son adresse : jeanpierrefabricius.blogspot.com

mardi 12 novembre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (27)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX. 

LE BANQUET DE GUILLAUME ET SA PRÉPARATION.



HIC COQUITUR CARO ET HIC MINISTRAVERUNT MINISTRI (ici, on prépara les viandes et les serviteurs firent leur office)

Le premier dessin (A) montre le foyer de l’âtre,  il est surmonté d’une traverse portée par deux landiers. La traverse porte une marmite qui contient très probablement de la viande que l’on fait bouillir dans l’eau. Au-dessus, sont disposées, sur une sorte d’étagère, des tiges de fer sur lesquelles on a embroché de la viande. Selon moi, cette scène ne peut se comprendre que si on imagine la présence d’une cheminée (dessinée en traits rouges discontinus) : la viande une fois embrochée était disposée dans le corps de la  cheminée afin de cuire grâce à la chaleur dégagée par le feu à l’âtre. Ce système de cuisson était largement répandu car il permettait de fumer la viande pour mieux la conserver. 

En (B) se trouve une sorte de four posé sur un foyer dont on voit les flammes en dessous de sa base ; ce four, qui évoque tout autant un brasero de chauffage et un moderne barbecue, était utilisé pour rôtir, comme le montrent les petites formes circulaires posées sur sa paroi supérieure. Il est probable que ce four servait aussi à cuire le pain. On peut le penser en considérant le personnage (C) qui tient, d’une main, un plateau sur lequel sont disposées des formes de  boules et, de l’autre,  un instrument ressemblant à un racloir ou une pelle.

HIC FECERUNT PRANDIUM (ici, ils préparent le repas)

Ces travaux de cuisson s’effectuent dans une pièce à l’écart de la salle de banquet, on peut le penser  du fait de la présence d’une porte les reliant (D). Les serviteurs (E) se relaient pour porter les « brochettes » à d’autres serviteurs (F) chargés d’accommoder la nourriture ; ceux-ci sont assis sur un banc et portent, sur les genoux,  des boucliers leur servant de tables. Ils tiennent à la main des écuelles ou des pots devant conserver les assaisonnements et en apprêtent les viandes. Parmi celles-ci, on distingue bien, à leur silhouette, deux volailles. De la manière précautionneuse  dont les serviteurs portent les pots, on peut en déduire que ces pots conservent des ingrédients coûteux et rares. 

Un des serviteurs souffle dans une trompe sans que l’on sache pourquoi il en joue.

ET HIC EPISCOPUS CIBU ET POTU BÉNÉDICIT (et ici, l’évêque bénit la nourriture et la boisson) 

La scène suivante représente le repas de Guillaume (4) et de sa suite. Parmi celle-ci, on distingue Odon, le demi-frère du duc (5), évêque de Bayeux, on le reconnait au fait qu’il porte la tonsure et qu’il effectue un geste de bénédiction sur les mets et boissons que les convives vont déguster. L’un d’entre eux (G) n’a même pas attendu la fin du bénédicité pour porter une coupe de vin à ses lèvres. Ce personnage est barbu, ce qui le différencie des autres, on dit qu’il s’agit de Roger de Beaumont dit Roger à la barbe.

La table est disposée en fer à cheval. Assez curieusement, c’est l’évêque qui occupe la place centrale et non Guillaume. Les mets sont posés à même la table, on en distingue des écuelles, des cruches, des boules de pain… l’évêque s’apprête à manger un poisson, sans doute est-ce un jour d’abstinence. Il n’y a pas de couverts, on se sert directement  dans les plats avec les mains. Cette caractéristique explique la présence d’un serviteur (H) portant une écuelle et une étoffe : il faut bien se laver les mains après chaque plat ! 

Un des convives (J), assis à gauche d’Odon, est représenté le bras levé comme s’il montrait quelque chose, il semble donner une information importante puisqu’après le repas, Guillaume convoque son conseil. 

La tapisserie de Bayeux ne mentionne pas explicitement l’endroit où est effectué ce repas, on peut penser, pour deux raisons, qu’il s’agit du château d’Hastings. D’abord parce que cet endroit est indiqué à deux reprises sur la tapisserie de Bayeux, ensuite parce que Hastings est mentionné par Guillaume de Poitiers : « Les Normands, ayant avec joie abordé au rivage, s'emparèrent d'abord des fortifications de Pévensey, et ensuite de celle d'Hastings, pour en faire un lieu de refuge et de défense »

prochain article : LA MISE EN DÉFENSE DE LA REGON D'HASTINGS.

samedi 9 novembre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (26)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX

LE DÉBARQUEMENT 

La scène ci-dessus  montre le débarquement de la flotte normande à Pevensey, les voiles sont abaissées, les mâts (A) sont retirés ainsi que les cordages, les chevaux sont débarqués (B)  (HIC EXEUNT CABALLI). Les bateaux sont alors tirés au niveau du bord de mer (C), prêts à repartir si nécessaire. 

A peine descendu des vaisseaux, un détachement de cavaliers en armes se hâte de battre la campagne à la recherche de vivres fraîches (D)  (ET HIC MILITES FESTINA/VERUNT HESTINGA UT CIBIUM : et là les soldats se hâtèrent vers Hastings chercher des vivres.).


Pour cela, les soldats s’apprêtent à  attaquer, si besoin est, (E) le premier village qu’ils  rencontreront pour  s’emparer de tout ce qu’ils peuvent voler : les paysans sont obligés, sous la menace, d’amener leurs animaux qui sont abattus à la hache (F), un bœuf déjà tué gît sur le sol (G), un normand faisant partie du détachement, tient sur l’épaule un animal tué (H), un autre portant une hache sur l’épaule conduit un cheval chargé de sacs (J). Au milieu de la scène, se tient un cavalier armé (K) dont le nom est mentionné (HIC EST WADAR), il s’agit très probablement du fourrier qui commande le pillage en indiquant ce dont les troupes normandes d’invasion ont besoin pour se nourrir.

Cette scène de pillage est surprenante eu égard au fait que Guillaume se prétend roi d’Angleterre : il fait pressurer, sans état d’âme, ceux qui seront ses futurs sujets sans même chercher à se les concilier. 

Des maisons paysannes (L) sont représentées. Ce sont de petites habitations aux murs de briques pour l’une et de planches pour les deux autres. Les murs ne sont percés que d’une seule porte sur la façade dessinée. Au-dessus du toit qui semble à quatre pans et formé de planches, de tuiles plates ou de bardeaux, s’élèvent, aux deux coins, deux formes qui peuvent représenter soit les pignons, soit des cheminées, ce qui feraient ressembler ces masures aux maisons que l’on peut encore trouver en Irlande et qui, dans ce cas, comporteraient  deux pièces séparées par un couloir central. Il est probable que ces masures doivent comporter des fenêtres sur un des trois autres  côtés. 

Une fois les pilleurs bien approvisionnés, les vivres sont portées au camp de Guillaume où elles seront  servies au duc et à son entourage direct. C’est ce que montrera la scène suivante.

Prochain article, LE BANQUET DE GUILLAUME ET SA PRÉPARATION

mercredi 6 novembre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (25)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX

LA TRAVERSÉE DE LA MANCHE DE L’EXPÉDITION NORMANDE. 

Les vignettes suivantes de la tapisserie de Bayeux montrent Guillaume (4) et son escorte arrivant en vue des  navires déjà prêts au départ. La quasi-totalité des combattants ont déjà embarqué et sont accompagnés de leurs chevaux (A). Des boucliers (B) ont été posés entre les bateaux afin d’éviter que les coques des navires ne s’entrechoquent. 

Les broderies suivantes représentent les bateaux en pleine mer et permettent, une nouvelle fois, d’observer les techniques de navigation : le personnage principal est le barreur (C) ; d’une main,  il tient la rame servant de gouvernail (D) et de l’autre, il agrippe l’extrémité de la voile (E) afin de la guider pour lui permettre de bénéficier au maximum du vent arrière. Il dispose de plusieurs aides : l’un (F) tient le mat de la main gauche et, de la main droite,  présente la voile au barreur. D’autres (G)  s’assurent de la solidité des cordages ; des marins se tiennent à la proue et surveillent la mer afin de signaler au barreur tout obstacle éventuel (H). Perché à la poupe d’un de ces navires, un marin sonne du cor, sans doute pour transmettre l’ordre de départ (J). On peut penser que ce navire est le bateau amiral du fait qu’il porte au sommet de son mât, un oriflamme représentant  une croix et symbolisant la caution donnée par le pape à l’expédition (K).

Le texte qui surmonte la scène de l’embarquement et de la navigation semble montrer une navigation sans difficultés : HIC WILLELM DUX IN MAGNO NAVIGIO MARE TRANSIVIT ET VENIT AD PEVENSAE  (ici, le duc Guillaume traversa la mer sur un grand navire et arriva à Pevensey) ; en fait, la traversée de la Manche fut plus ardue que ce que semble indiquer la tapisserie de Bayeux, c’est ce que mentionne clairement Guillaume de Poitiers. 

La traversée s’effectua en deux étapes : dans un premier temps, la flotte fut assemblée à l’embouchure de la Dive (1 de la carte) mais les vents étaient défavorables en sorte que la flotte dériva jusque Saint Valéry en Caux, s’écartant donc de la route prévue. 

«  Déjà toute la flotte soigneusement préparée avait été poussée par le souffle du vent de l'embouchure de la Dive et des ports voisins, où elle avait longtemps attendu un vent favorable pour la traversée, vers le port de Saint-Valéry. Ce prince … s'abandonna à la protection céleste en lui adressant des vœux, des dons et des prières. Combattant l'adversité par la prudence, il cacha autant qu'il put la mort de ceux qui avaient péri dans les flots, en les faisant ensevelir secrètement, et soulagea l'indigence en augmentant chaque jour les vivres… Par différentes exhortations, il rappela ceux qui étaient épouvantés, et ranima les moins hardis. S'armant de saintes supplications pour obtenir que des vents contraires fissent place aux vents favorables, il fit porter hors de la basilique le corps du confesseur Valéry, très-aimé de Dieu. Tous ceux qui devaient l'accompagner assistèrent à cet acte pieux d'humilité chrétienne. Enfin souffla le vent si longtemps attendu. » 

Cette première partie de la description de la traversée prend déjà une tournure épique, montrant le duc se muant quasiment en intercesseur entre l’expédition normande et Dieu, il pria au nom de ses soldats, leur redonna courage et les assura qu’il obtiendrait de Dieu les vents favorables permettant la traversée. Selon Guillaume de Poitiers, Dieu exhaussa enfin les prières du duc, montrant bien à tous ceux qui doutaient qu’il cautionnait et bénissait l’expédition. 

«  Tous rendirent grâce au Ciel de la voix et des mains; et tous en tumulte s'excitant les uns les autres, on quitte la terre avec la plus grande rapidité, et on commence avec la plus vive ardeur le périlleux voyage. Il règne parmi eux un tel mouvement, que l'un appelle un homme d'armes, l'autre son compagnon, et que la plupart … ne pensent qu'à ne pas être laissés à terre et à se hâter de partir. L'ardent empressement du duc réprimande et presse de monter sur les vaisseaux ceux qu'il voit apporter le moindre retard »

Lorsque la nuit survint, le duc fit arrêter les navires afin d’attendre le jour afin de permettre de choisir le lieu du débarquement. 

«  Mais de peur qu'atteignant avant le jour le rivage vers lequel ils voguent, ils ne courent le risque d'aborder à un port ennemi ou peu connu, il ordonne par la voix du héraut que lorsque tous les vaisseaux auront gagné la haute mer, ils s'arrêtent un peu dans la nuit, et jettent l'ancre non loin de lui, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent une lampe au haut de son mât, et qu'aussitôt alors le son de la trompette donne le signal du départ »

Le matin, comme convenu, les navires levèrent l’ancre, c’est à ce moment que l’épique cède la place à l’hagiographie : le bateau ducal prit de l’avance comme s’il était porté par le souffle divin, il se trouva alors seul face aux côtes anglaises. Masquant sans doute son inquiétude afin d’éviter la panique,  Guillaume entreprit de dîner comme si de rien était et comme s’il était sûr de la protection divine. C’est alors que le reste de la flotte montrant que Guillaume avait asservi les flots à son autorité ! 

Le bateau qui « portait le duc, voguant avec plus d'ardeur vers la victoire, eut bientôt, par son extrême agilité, laissé derrière lui les autres, obéissant par la promptitude de sa course à la volonté de son chef. Le matin un rameur, ayant reçu ordre de regarder du haut du mât s'il apercevait des navires venir à la suite, annonça qu'il ne s'offrait à sa vue rien autre chose que la mer et les cieux. Aussitôt le duc fit jeter l'ancre, et de peur que ceux qui l'accompagnaient ne se laissassent troubler par la crainte et la tristesse, plein de courage, il prit, avec une mémorable gaité et, comme dans une salle de sa maison, un repas abondant où ne manquait point le vin parfumé, assurant qu'on verrait bientôt arriver tous les autres, conduits par la main de Dieu, sous la protection de qui il s'était mis. 

. Le rameur ayant regardé une seconde fois, s'écria qu'il voyait venir quatre vaisseaux, et à la troisième fois il en parut un si grand nombre que la quantité innombrable de mâts, serrés les uns près des autres, leur donnait l'apparence d'une forêt. Nous laissons à deviner à chacun en quelle joie se changea l'espérance du duc, et combien il glorifia du fond du cœur la miséricorde divine. Poussé par un vent favorable, il entra librement avec sa flotte, et sans avoir à combattre aucun obstacle, dans le port de Pévensey. »

Même si Guillaume de Poitiers donne un aspect épique à cette traversée,  on peut considérer que ce récit doit être le reflet de la réalité historique. Il est en conséquence possible de tracer sur la carte le trajet suivi par la flotte normande. 

Prochain article : LE DÉBARQUEMENT 

samedi 2 novembre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (24)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX 

LES PRÉPARATIFS POLITIQUES DE L’INVASION.

Pendant que la flotte se constitue, Guillaume prend diverses dispositions afin de réussir dans son entreprise, c’est ce que mentionne Guillaume de Poitiers :

. D’abord, il reçoit la caution du pape Alexandre 2 : « Dans le même temps, siégeait sur la chaire de saint Pierre de Rome, le pape Alexandre, le plus digne d'être obéi et consulté par l'Eglise universelle; car il donnait des réponses justes et utiles… Le duc ayant sollicité sa protection, et lui ayant fait part de l'expédition dont il faisait les apprêts, il reçut de sa bonté la bannière et l'approbation de saint Pierre, afin d'attaquer son ennemi avec plus de confiance et d'assurance. »

L’expédition s’effectuera donc sous la bannière du Saint-Siège et avec la garantie papale qui assurait au duc de la justesse de son combat aux yeux de Dieu contre l'impie  : c’est ce que Guillaume de Poitiers, un peu plus avant dans le récit, avait écrit : le duc « était assuré que la toute-puissance de Dieu, qui ne veut rien d'injuste, ne permettrait pas la ruine de la cause légitime, surtout lorsqu'il considérait qu'il ne s'était pas tant appliqué à étendre sa puissance et sa gloire qu'à purifier la foi chrétienne en ce pays. » une mission de rechristianisation en quelque sorte ! 

. Il signe aussi avec l’empereur du Saint Empire une alliance d’assistance militaire en cas d’attaque du duché pendant l’expédition : « récemment uni d'amitié avec Henri, (Henri 4 élu empereur en 1057 alors âgé de 7ans), empereur des Romains, fils de l'empereur Henri (Henri 3), et neveu de l'empereur Conrad (Conrad 2, en réalité grand père de Henri) et par un édit duquel l’Allemagne devait, à sa demande, marcher à son secours contre quelque ennemi que ce fût » (et en particulier le roi de France) . Henri 4 n’avait, en 1066, que 16 ans mais il assumait la réalité du pouvoir.

Enfin, toujours selon Guillaume de Poitiers, le duc organisa l’approvisionnement  de son armée afin que les paysans normands n’aient pas à souffrir de l’habituelle pratique qui consistait à laisser les combattants vivre sur le pays pendant les préparatifs de l’expédition en s’emparant des réserves en nourriture des villageois, en tuant leurs animaux et en coupant le foin dans les prés

« Ayant interdit toute espèce de pillage, il nourrit à ses propres frais cinquante mille chevaliers pendant un mois, que des vents contraires les retinrent à l'embouchure de la Dive, tant fut grande sa modération et sa prudence. Il fournissait abondamment aux dépenses des chevaliers et des étrangers, mais ne permettait pas de rien enlever à qui que ce fût. Le bétail ou les troupeaux des habitants du pays paissaient dans les champs avec autant de sûreté que si c'eût été dans des lieux sacrés. Les moissons attendaient intactes la faux du laboureur, sans avoir été ni foulées par la superbe insouciance des chevaliers, ni ravagées par le fourrageur. »

Cette partie du texte de Guillaume de Poitiers mentionne la présence de 50.000 combattants, c’est manifestement exagéré (l’armée de Guillaume est estimée à 400 bateaux et à 8000 hommes),  même si le chroniqueur mentionne la présence de nombreux chevaliers étrangers : « Il vint à son secours un nombre considérable de chevaliers étrangers, attirés en partie par la générosité très connue du duc, et surtout par l'assurance qu'ils avaient de la justice de sa cause. ».

La dernière allégation du chroniqueur est évidemment exagérée en ce qui concerne les motivations des étrangers venus participer à l’expédition, la plupart devaient être, en effet, plus attiré par la perspective de se partager l’Angleterre en obtenant du duc de riches fiefs, que de combattre pour une juste cause.

Prochain article : LA TRAVERSÉE DE LA MANCHE

mardi 29 octobre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (23)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX

LES PRÉPARATIFS TECHNIQUES DE L’INVASION.

La décision prise par Guillaume d’envahir l’Angleterre amena le duc à faire construire immédiatement  une flotte d’invasion. 


Les broderies suivantes montrent toutes les phases de la construction des bateaux et des préparatifs de la flotte : 
     . A les bûcherons coupent les arbres au moyen d’une hache.
     . B les troncs sont entreposés entre deux branches d’arbres pour leur séchage. 
     . C : un menuisier façonne les planches au moyen d’une herminette ;  pour travailler, il a posé le bois sur un embranchement d’arbre.
     . D : les charpentiers montent la coque probablement  selon la technique du bordage à clins.

     . E : Une fois les coques terminées et alignées sur le rivage, elles sont tirées à l’eau par les hommes  au moyen de cordages et de poulies accrochées à des piliers (HIC TRAHUNT NAVES AD MARE : ici, les navires sont mis à la mer). Les paysans ont retiré leurs braies et entrent jambes nues et pieds nus dans l’eau. 


Ce travail est sûrement effectué par les gens du peuple par des réquisitions au titre des corvées. Leur costume comporte une tunique largement échancrée sur les côtés à partir de la taille, sans doute pour faciliter les mouvements, des braies montant jusqu’à la taille et des chausses. Quand ils tirent les bateaux, ils sont jambes nues. Ce costume est semblable à celui des nobles à une exception près : ces derniers portent, en effet, une cape tenue par une broche. 

Les scènes suivantes représentant la préparation technique de l’expédition, montrent le chargement des bateaux (ISTI PORTANT ARMAS AD NAVES ET HIC TRAHUNT CARRUM CUM VINO ET ARMIS, ici, ils portent les armes au navire et ils traînent un chariot avec du vin et des armes


Cette vignette décrit surtout les diverses armes utilisées par les combattants : 
   . Cottes de mailles (F) enfilées sur un bâton et portées par deux paysans (ou trois pour deux cottes de mailles), ces cottes de mailles protègent le torse et les deux avant-bras et s’arrêtent à mi-cuisse.
   . Casques coniques à nasal (G) portés par un des paysans et correspondant à la cotte de mailles.
   . Épées (H) courtes maniées à une main lors des combats rapprochés. 
   . Haches de guerre (J) à long manche également utilisées lors des combats rapprochés. 
   . Javelot et lances (K) servant lors des charges.

Outre les armes, on charge aussi les bateaux de vin, il est contenu soit dans des tonneaux (L), soit dans des outres (M). 

Les tonneaux de vin, les casques et les lances sont aussi transportés sur des chariots (N) que deux paysans traînent (O), ils sont représentés arc-boutés au moyen d’une sangle fixée à son timon. 

Toutes les tâches  sont effectuées par des paysans, également dans le cadre des  corvées dues, 

Ainsi, le chargement des navires ne comporte que du vin et des armes, à l’exception de l’homme (P) qui pourrait transporter un sac de nourriture, il ne semble pas que l’on emmène les approvisionnements nécessaires à  nourrir l’armée une fois en Angleterre. Cette situation est normale à cette époque puisque, sur les terres ennemies,  les troupes ont l’habitude de voler aux paysans tout ce dont ils ont besoin, la tapisserie de Bayeux le montrera plus avant dans l’histoire.

Prochain article : LES PRÉPARATIFS POLITIQUES DE L’INVASION. 

jeudi 24 octobre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (22)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX


GUILLAUME PREND LA DÉCISION D’ENVAHIR L’ANGLETERRE.



La scène qui suit le couronnement d’Harold montre un bateau anglais débarquant en Normandie :
(HIC NAVIS ANGLICA VENIT IN TERRARA WILLEIMI DUCIS : ici un navire anglais vint sur les terres du duc Guillaume).

Le bateau est figuré au-dessus d’une forme convexe d’indentations courbes figurant les flots marins et représentant la Manche dans un aperçu saisissant. 

Il s’agit d’un petit navire comportant quatre marins ; l’un tient la rame gouvernail (A), un autre s’apprête à amener les voiles (B), le troisième sonde la profondeur (C) , le quatrième est descendu du bateau pour planter l’ancre (D). Le bateau comporte une tête de dragon au-dessus de la proue et de la poupe recourbée. Il paraît évident que le but de cette venue d’un navire anglais en Normandie, était de prévenir Guillaume des événements récemment survenus en Angleterre. .

Sitôt qu’il fut informé de ce qui s’était passé outre-Manche, Guillaume (4) convoqua son demi-frère Odon (6) alors évêque de Bayeux (Odon et Guillaume étaient nés de la même mère, Arlette de Falaise mais pas du même père). La tapisserie de Bayeux les représente dans le palais ducal. Ils sont entourés de deux messagers, Guillaume d’une main montre le personnage de gauche (E), sans doute est-ce celui qui vient de lui annoncer les événements survenus Outre-Manche, il semble dire à son frère : "voilà ce que l’on vient de m’apprendre, quel est ton conseil ?" Odon, assis sur un siège servant de coffre, lève le bras à la fois vers le ciel et vers les forêts ducales (représentées à sa gauche, voir article suivant) et semble lui répondre : "tu es en droit d’envahir l’Angleterre puisque Harold s’est parjuré du serment qu’il a fait devant toi, de ce fait Dieu cautionnera ton combat. Il faut construire une flotte."

Selon Guillaume de Poitiers, la décision d’envahir l’Angleterre fut  difficile à obtenir : « Le duc Guillaume, ayant tenu conseil avec les siens, résolut de venger son injure par les armes, et de ressaisir par la guerre l'héritage qu'on lui enlevait, quoique beaucoup de grands l'en dissuadassent par de spécieuses raisons, comme de chose trop difficile et bien au-dessus des forces de la Normandie. Nous voyons néanmoins que, dans toutes les délibérations, tous cédaient toujours à la sagesse du prince, comme si l'Esprit divin lui eût indiqué ce qu'il devait faire ou éviter. Dieu donne la sagesse à ceux qui se conduisent avec piété,… Guillaume depuis son enfance agissait pieusement. Tous obéirent au duc » : ce texte montre bien que des réticences apparurent, il est probable que Guillaume dût imposer son point de vue.

La tâche la plus urgente pour le duc et son frère était de construire une flotte permettant l’invasion de l’Angleterre. Ils envoient un messager (F) donner ses ordres (
 ( HIC WILLEIM DUX JUSSIT NAVES EDIFICARE, ici, le duc Guillaume ordonne que l’on construise des bateauxafin que le travail se fasse le plus rapidement possible. Le messager tient une hache à la main et s’apprête à quitter le palais.


Prochain article : LES PRÉPARATIFS DE L’INVASION.

dimanche 20 octobre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (21)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX

L’ELECTION ET LE COURONNEMENT D’HAROLD

Les scènes suivantes sont, pour moi, les plus importantes de la tapisserie de Bayeux, ce sont celles qui permettent de comprendre les événements aboutissant à la bataille de Hastings et de mesurer les diverses interprétations possibles de l’avènement d’Harold.

Voici d’abord la version de Guillaume de Jumièges
« Tout à coup se répandit la nouvelle certaine que le pays d'Angleterre venait de perdre le roi Edouard, et qu'Hérald était orné de sa couronne. Ce cruel Anglais n'attendit pas que le peuple décidât sur l'élection; mais le jour même où fut enseveli cet excellent roi, quand toute la nation était dans les pleurs, ce traître s'empara du trône royal, aux applaudissements de quelques iniques partisans. Il obtint un sacre profane de Stigand, que le juste zèle et les anathèmes du pape avaient privé du saint ministère »

Selon ce texte, Harold se serait emparé du trône par traîtrise avec l’aide de quelques séides et se serait fait couronner par un archevêque privé de toute fonction par le pape.

Force est de constater que cette version est contredite, y compris, par la tapisserie de Bayeux : c’est ce que révèle en particulier l’inscription surmontant le dessin : HIC DEDERUNT HAROLDO CORONA REGIS, (ici, ils donnent à Harold la couronne de roi).

A cet égard, il convient de mentionner  que, dans la coutume anglo-saxonne,  la désignation du roi appartenait au Wintanagemot, (assemblée composée de membres du haut clergé, des comtes et des barons) : c’est donc, selon ce qui est représenté sur la broderie,  en toute légalité qu'Harold (2) fut choisi comme roi d'Angleterre par le Wintanagemot qui lui délégua deux de ses membres pour lui offrir la couronne.

Quelles furent les raisons qui poussèrent ainsi la Wintanagenot à élire Harold roi d’Angleterre rapidement après la mort d'Edouard ? On peut, selon moi, en trouver au moins trois :
     -  D’abord, il existait un réel danger de voir se dérouler une invasion étrangère et une guerre dont l’Angleterre aurait été le théâtre : en effet, deux candidats à la succession d’Édouard s'étaient manifestés : le duc de Normandie Guillaume et le roi de Norvège Harald 3. Dans de telles conditions, l’élection d’Harold était préférable pour préserver la paix.
     - Les deux  prétendants au trône étaient des normands alors que le Witanagenot était une institution anglo-saxonne, il était donc logique que l’assemblée préfère un saxon à un normand ; à cet égard, il convient de rappeler que le père d’Harold, Godwin, s’était érigé en champion de la cause anglo-saxonne en s’élevant sans cesse contre la nomination par Édouard de normands aux postes importants du royaume.
     -  Enfin, Harold dût arguer qu’Édouard l’avait désigné comme héritier sur son lit de mort, ce qui Stigand, présent lors de la mort du roi, dût cautionner.

Ainsi, si on considère les coutumes anglo-saxonnes, Harold était le roi légitime d’Angleterre.

La scène suivante montre Harold devenu roi d’Angleterre : (HIC REISDET HAROLD REX ANGLORUM : ici siégea Harold roi des anglais).

 Il est probable que cette scène se déroula après son sacre ; Harold (2) est assis sur le trône, il est vêtu d’une longue tunique et d’une longue cape ; il est coiffé de la couronne et tient le sceptre de justice ainsi que le globe surmonté d’une croix, symboles de son pouvoir. Il est représenté de face, comme l’était d’ailleurs Édouard dans la première vignette de la tapisserie.

A sa gauche, se tiennent deux personnages (B) dont l’un lui présente une épée. On peut penser soit à des vassaux venus rendre hommage au nouveau roi, soit à la dernière phase de l’intronisation avec remise de l’épée symbolisant le rôle primordial du roi dans la défense du royaume.

A sa droite, se trouve Stigant (5) (STIGANT ARCHIEPS), l’archevêque de Canterbury.  Il a présidé aux cérémonies du couronnement d’Harold sans toutefois le sacrer,  sans doute  voulait-t’il éviter toute accusation d’illégitimité du sacre du fait de la non-reconnaissance de sa dignité par le pape (voir article précédent), les onctions du sacre furent effectuées par l’archevêque d’York.

Les scènes suivantes se déroulent, comme la scène du couronnement,  dans le palais royal de Londres dont on peut apercevoir plusieurs pièces, les courtisans se sont séparés en deux groupes : les uns acclament le roi (C) mais d’autres (D), appelés par l’un d’eux (E),  regardent dans le ciel une étoile pourvue d’une queue flamboyante (F) : (ISTI MIRANT STELLA, ils regardent une étoile).

Pour l'interprétation donnée dans la tapisserie de Bayeux, il va de soi qu'il s’agit d’un signe  de Dieu prévenant les hommes la réprobation divine à propos de l’élection et du couronnement d’Harold du double fait du parjure du roi et de l’illégitimité de l’archevêque qui a présidé à sa consécration.

Les scientifiques dont j’ai consulté les travaux, pensent que cette étoile est la comète de Halley ; si cette authentification est exacte, cela pose un problème de chronologie : selon les archives de la cathédrale de Viterbe, la comète fut visible en Italie à partir du 5 avril, ce qui reporterait sa présence dans le ciel de Londres à la fin du même mois. Dans ces conditions, il existe deux possibilités d’interprétation : soit les scènes du sacre et la vision de la comète ne sont pas concomitantes, soit le sacre d’Harold eut lieu en avril et non en janvier ; il est impossible de choisir entre ces deux hypothèses.  La présence de la comète est mentionnée par Guillaume de Jumièges : «  En ce même temps, il apparut dans le pays de Chester une comète qui portait trois longs rayons, et qui éclaira la plus grande partie du Sud durant quinze nuits consécutives, annonçant, à ce que pensèrent beaucoup de gens, un grand changement dans quelque royaume ».

La scène suivante intitulée HAROLD montre le roi (2) assis sur son trône et penché vers un homme (G) qui semble lui parler à l’oreille, sans doute pour l’informer du mauvais présage que constituait la présence de la comète et la probable invasion prochaine du royaume par les normands. Ce qui permet de le penser c’est le dessin du bandeau inférieur où on aperçoit une flotte fantomatique (H) : Harold, selon l’interprétation que la tapisserie de Bayeux semble donner, aurait eu alors la prescience de l’invasion de l’Angleterre par les deux flottes ennemies de Harald de Norvège et de Guillaume de Normandie.


Prochain article : GUILLAUME PREND LA DÉCISION D’ENVAHIR L’ANGLETERRE.

jeudi 17 octobre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (20)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX

LA MORT ET L’ENTERREMENT D’EDOUARD

Les scènes qui suivent le retour d'Harold montrent une nouvelle inversion chronologique de la tapisserie de Bayeux  puisque, sur la tapisserie,  l’enterrement du roi (C) précède son agonie (A) et sa mort (B). Dans ce qui suit, je me propose de rétablir la succession réelle des événements.

 (HIC EADWARDUS REX IN LECTO ALLOQUIT FIDELES, ici, le roi Édouard s’entretient avec les siens)

L’agonie du roi se produisit dans son château dont on retrouve les deux  éléments habituels : le logis central  servant d’habitation (D) et deux tours  (E et F) dont la présence font supposer la présence d’une courtine continue,

Le logis central comporte deux étages, comme  dans les autres châteaux précédemment décrits.

L’avantage de ce dessin est de montrer la manière dont étaient repartis ces niveaux : au rez-de-chaussée, la grande salle servait de salle de séjour et du trône (G), l'étage comportait des pièces plus familiales dont la chambre (H).


Édouard (1) est à demi-assis à la manière dont on avait coutume de dormir à cette époque ; derrière lui, un serviteur le soutient  pour l’empêcher de tomber. De part et d’autre, se tient Stigand (5) (voir, à propos de Stigand, la note complémentaire ci-dessous), archevêque de Canterbury. Au pied du lit,  se trouvent deux femmes en pleurs.  Un autre personnage est agenouillé devant le roi, il doit  s’agir d’Harold (2), le roi tend la main vers lui et Harold s’apprête à la lui prendre, ce geste était-il un simple adieu ou démontrait-il que, sur son lit de mort, Édouard avait désigné Harold comme son successeur ? On ne peut le savoir.

ET HIC DEFUNCTUS EST, ici le roi Édouard est mort

Le roi est mort (1). Il  est allongé sur un drap ou une sorte de matelas et enveloppé d’un suaire, seule émerge sa tête,  tandis que l’archevêque (5) récite les dernières prières, deux serviteurs soulèvent le corps, sans doute pour le déposer dans une châsse. La mort d’Edouard se produit le 5 janvier 1066.

Ensuite, le cercueil est porté vers l’église saint Pierre (HIC PORTATUR CORPUS EADWARDI REGIS AD ECCLESIAM SANCTI PÉTRI APLI, ici le corps du roi Édouard est porté à l’église de saint Pierre Apôtre).



On aperçoit le corps dans une châsse (1) portée par huit hommes (J) ; la châsse est bordée d’une riche tenture, deux enfants (K) agitent les cloches ; derrière la châsse, se déploie le cortège funèbre (L).

Le corps est conduit jusqu’à la nouvelle église qu’Edouard a fait construite près de l’ancienne abbaye de Westminster et qui venait tout juste d’être consacrée (le 28 décembre 1065, soit huit jours avant la mort du roi).

Cette église est de plan cruciforme et comporte une nef à arcades et fenêtres hautes (M), un chœur (N)  ainsi qu’une grande arcade (O) qui correspond au transept. La croisée du transept est surmontée du clocher (P) entouré de quatre clochetons. On retrouve, dans ce dessin, les caractéristiques architecturales de l’art roman.

Au-dessus de l’église, apparaît la main de Dieu (R) émergeant des nuées et esquissant un geste de bénédiction pour accueillir la dépouille royale.

En (S) est représentée une curieuse figure : on y voit un homme sur une passerelle tenant un oiseau posé sur une sorte de perche,

Que signifie cette scène ? Je lui ai trouvé deux explications possibles en privilégiant toutefois la première :
     . Il peut s’agir d’un pont-levis permettant de sortir du palais royal : en ce cas, la tour (T) serait la porte d’entrée du château dont la tour d'enceinte est dessinée à sa gauche (voir dessin précédent).
     . Il aussi s’agir d’une passerelle permettant à un artisan de fixer un coq sur la crête de la nef, en ce cas la tour (T) serait un beffroi, tel qu’on en trouvait comme machine de guerre utilisée lors du siège des villes.

NOTE COMPLÉMENTAIRE

STIGAND

Ce personnage-clé de l’histoire d’Harold, entré au service de Knut puis de ses fils, fut nommé par Edouard évêque d’Elmham en 1043 puis de Winchester en 1047. 

En 1050, à la morte d’Eadsige, archevêque de Canterbury, le chapitre élit Aetelric, un moine apparenté à la famille de Godwin, père d’Harold. Au mépris des règnes  canoniques, Édouard nomma alors un normand, Robert de Jumièges archevêque de Canterbury en 1050. Celui-ci se rendit à Rome et reçut du pape Léon 9 le pallium qui symbolisait l’acceptation par le pape de sa charge archiépiscopale.

Robert de Jumièges entra alors en conflit avec Godwin qu’il fit exiler,  mais quand ce dernier revint et imposa à nouveau son autorité, Robert décida de fuir en 1052. C’est alors que Stigand fut nommé archevêque de Canterbury en 1052 par Edouard. Le pape refusa de le reconnaître et de lui donner le pallium puisque Robert était encore en vie, on dit même qu’il l’aurait excommunié. Stigand restera archevêque de Canterbury jusque 1070, date où il sera déposé par Guillaume.

Prochain article : L’ELECTION ET LE COURONNEMENT D’HAROLD