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dimanche 29 septembre 2019

LA TAPISSERIE DE BAYEUX, témoignage de la vie et des mentalités au 11e siècle (14)

HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS DÉCRITS DANS LA TAPISSERIE DE BAYEUX

LES POURPARLERS ENTRE HAROLD ET GUILLAUME DANS LA GRANDE SALLE DU CHÂTEAU

Le palais de Guillaume est représenté en quatre ensembles séparés :
   . Une tour servant d’entrée (A) comportant une porte ouverte cantonnée de deux tourelles, c’est là que se tient le portier.
   . La grande salle du château (B) ; son plafond est surmonté d’arcades,  elles semblent porter  le toit mais elles pourraient aussi correspondre à un étage.
   . Une salle annexe  qui doit être une chapelle où se tient une jeune fille appelée Aelfgiva (C) identifiée par inscription  (UBI UNUS CLERICUS ET AELFGIVA, ici un clerc avec Aelfgiva).
   . Une autre tour (D) comportant une porte fermée.

Ces quatre dessins permettent de reconstituer l’aspect du château :
   . Une courtine comportant la tour-porte et des tours de défense.
   . Un donjon.
   . Une chapelle ( ?)

Harold (2) est conduit dans la grande salle du palais où on le voit en discussion animée avec Guillaume (4). Harold est vêtu de son costume habituel et porte une cape à fibule qui le distingue des autres personnages représentés, il est facilement reconnaissable à sa longue moustache. Guillaume est assis sur un coffre pourvu d’accoudoirs zoomorphes servant de trône. Il porte son épée, la lame baissée, en signe de paix. Alors que Guillaume discute calmement, Harold semble manifester une certaine agitation.

Quelle fut la teneur de la conversation  entre Harold et Guillaume ? La tapisserie de Bayeux ne comporte aucun commentaire à ce propos, ce qui oblige à se référer aux deux chroniqueurs qui donnent, rappelons-le, la version normande des événements.

A cet égard, il existe une différence chronologique  entre le récit des chroniqueurs :

  La version de Guillaume de Jumièges établit la chronologie suivante : accueil d’Harold en Normandie, combat contre les bretons, serment de fidélité d’Harold à Guillaume puis retour d’Harold en Angleterre :

Le duc… fit demeurer (Harold) quelque temps avec lui, et l'emmena ensuite dans une expédition contre les Bretons. Après que Harold lui eut confirmé à diverses reprises ses serments de fidélité pour le royaume d'Angleterre, le duc lui promit aussi de lui donner sa fille Adelise et la moitié du royaume. ». (Guillaume de Jumièges)

Le récit de Guillaume de Poitiers repris par Orderic Vital donne une chronologie différente : accueil d'Harold à Rouen, serment d’Harold à Bonneville, guerre contre la Bretagne puis retour d’Harold en Angleterre.

« Il (Guillaume) fit entrer Hérald avec les plus grands honneurs dans Rouen, ville capitale de sa principauté…. Le duc se réjouissait de posséder un hôte si illustre, envoyé par le plus chéri de ses proches et de ses amis, et en qui il espérait trouver un très fidèle médiateur entre lui et les Anglais …
Une assemblée ayant été réunie à Bonneville, Hérald jura fidélité au duc selon la coutume chrétienne, ainsi que l'ont rapporté des hommes très-dignes de foi, … (suivent alors les clauses du traité qui seront évoquées ci-dessous).

Ensuite, sachant Hérald brave et avide d'une nouvelle renommée ainsi que les gens de sa suite, le duc les munit d'armes et de chevaux de grand prix, et les mena avec lui à la guerre de Bretagne. Il traita ce député et cet hôte comme un compagnon d'armes, afin, par cet honneur, de se le rendre plus fidèle et plus dévoué »

La tapisserie de Bayeux suit la première version. Elle permet aussi d’identifier la jeune fille appelée Aelfgiva debout dans la chapelle, ce serait cette Adelise promise en mariage à Harold.

Le second texte est très précieux car il permet de connaître la teneur des pourparlers survenus sitôt après la délivrance d’Harold  que la tapisserie de Bayeux semble montrer assez animés.

Voici ce qu’écrit Guillaume de Poitiers :

« Hérald jura fidélité au duc selon la coutume chrétienne ; et, ainsi que l'ont rapporté des hommes très-dignes de foi.., il fit entrer de lui-même dans le nombre des articles du serment, qu'aussi longtemps que vivrait encore le roi Edouard, il serait à sa cour le délégué du duc Guillaume; qu'il s'efforcerait autant qu'il pourrait, par ses conseils et ses secours, de lui faire confirmer, après la mort d'Edouard, la possession du trône d'Angleterre ; que, jusqu'à ce temps, il remettrait à la garde des chevaliers du duc le château de Douvres, fortifié par ses soins et à ses frais; que de même il remettrait au duc d'autres châteaux et d'autres parties de l'Angleterre, dès qu'il l'ordonnerait, et qu'il fournirait aux gardes d'abondantes provisions. Le duc, après l'avoir reçu pour son vassal, lui remit, sur sa demande et avant le serment, toutes les terres lui appartenant. »

Ce serment définit clairement les obligations d'Harold envers  Guillaume :
     - Guillaume confirme à Harold la possession de toutes les terres qu’il possède en Angleterre et en particulier de son comté de Wessex ; Harold devient, de ce fait, le vassal de Guillaume.
     - Harold doit accepter les ordres de Guillaume pour la période intermédiaire entre son retour en Angleterre et l’intronisation de Guillaume en tant que roi d’Angleterre : Il représentera Guillaume en Angleterre et devra le faire accepter par le royaume ; cela sous-entend qu’il devra réunir le Witanegemot (assemblée composée du haut clergé, des comtes et des barons) chargé d’élire le roi selon les coutumes anglo-saxonnes.
     - Enfin, afin de se juguler tout risque de révolte contre accession au trône d’Angleterre, Guillaume se fait remettre un nombre important de châteaux appartenant à Harold pour y installer des garnisons normandes.

Il est impossible de savoir si ce serment a été prêté en ces termes, pourtant, il peut paraître vraisemblable si on considère que le choix du roi dépendrait du witanegemot et non de la volonté d’Édouard qui avait choisi indûment Guillaume comme successeur sans se référer aux coutumes saxonnes, cette idée pourrait expliquer la suite des événements comme je les décrirai postérieurement.

En outre, on peut penser que lors de ces négociations, Harold était en position d’infériorité du fait que Guillaume avait payé sa rançon.

Sitôt les accords conclus, Guillaume et Harold partent combattre Conan, duc de Bretagne qui avait envahi la Normandie.

Sur le bandeau surmonté de la scène des négociations sont représentés deux personnages nus : l’un (E) porte une cognée et semble débiter un tronc, l’autre (F) se tient les jambes écartées mettant en évidence son sexe.

Prochain article : LA GUERRE DE BRETAGNE

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