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mercredi 27 mai 2015

Mentalités et comportements au temps de la croisade (78) : LES FORTERESSES DES TEMPLIERS et le système de défense des états francs.

LA MISE EN DEFENSE DES POSSESSIONS ORIENTALES DU ROYAUME DE JERUSALEM (suite)

La SEIGNEURIE D'OUTRE-JOURDAIN était dans une situation très différente de la TERRE de SUETE au niveau de son système de défense comme au niveau de sa géographie.

Elle se déploie en bandes longitudinales avec d'Est en Ouest :
     . Le fossé d'effondrement qui se poursuit de la vallée du Jourdain à la mer Morte puis au Wadi Araba jusqu'à la mer Rouge. Dans sa partie nord, cette région était, à l'époque des croisades, bien cultivée.
     . A l'est de ce fossé se trouve le rebord de faille qui constitue un massif montagneux échancré de vallées courtes descendant vers le fossé.
     . Au piémont oriental de ce massif se trouve une bande nord-sud de zones cultivées au moyen de l'irrigation ainsi que des espaces propices à l'élevage.
    . Au delà, se développe un plateau qui descend insensiblement jusqu'au désert. Ce plateau devient de plus en plus aride vers l'est.

La Seigneurie d'Outre-Jourdain ne comportaient pas de villes et était peuplée essentiellement de semi-nomades, capables de se muer en pillards et dont il fallut contrôler les déplacements.

La frontière orientale présente les mêmes caractéristiques que la frontière sud du royaume, elle est imprécise et fluctuante, de ce fait, le système défensif comporte une chaîne de fortins et de forteresses d'arrêt destiné à stopper toute invasion. En ce sens, la Seigneurie d'Outre-Jourdain présente une situation très différente de celle de la TERRE DE SUETE qui pouvait compter sur l'arrivée rapide de l'ost venu de Galilée en cas d'invasion ; la seigneurie d'Outre-Jourdain ne possédait pas le même avantage : très éloignée du reste du royaume, ( il fallait pour y accéder contourner la Mer Morte)  elle ne devait compter que sur ses propres structures défensives.

On pourrait penser que cette seigneurie qui comporte en grande partie des déserts inhabités serait pauvre et de faible revenu, ce n'est cependant pas le cas car une route très importante la parcourt du Nord au Sud.

Cette route passe au pied des montagnes qui constituent le rebord de faille et correspond :
      - en premier lieu à une voie commerciale qui mène à la Syrie et à la mer Rouge  ; par là, passent les caravanes menant vers le Nord les produits venus des Indes, d'Afrique et d'Arabie,  passant par la mer Rouge et transitant à Eilat. En retour, les caravanes emmènent les produits des contrées septentrionaux vers l'orient.
     - En deuxième lieu, à la route des caravanes de pèlerins venus du nord se rendant puis revenant du pèlerinage à La Mecque et Medine. Ils arrivent par cette route jusque Eilat, prennent un bateau et débarquent à Djeddah.

Dans ces conditions, il est évident que les forteresses des francs et les fortins épars ont été établies le long de cette voie ou à faible distance de celle-ci. En effet, le seigneur d'Outre-Jourdain percevait un péage sur les caravanes, en échange, il devait assurer la sécurité sur leur parcours.

Ainsi les forteresses et fortins avaient un double rôle local :
     . Surveiller les mouvements des pillards venus de l'est,
     . Sécuriser la voie des caravanes tant de commerçants que de pèlerins.
A ce double rôle s'ajoutait une fonction d'ensemble qui était de constituer une marche frontière protégeant le royaume de Jérusalem en avant de la mer Morte.

Le seigneur d'Outre-Jourdain disposait également d'un revenu annexe sous forme d'un droit sur les flottilles de bateaux qui parcouraient la Mer Morte alors navigable, menant vers le nord les produits des oasis établies à la frange montagneuse du rebord oriental de faille.

La construction des forteresses importantes de la Seigneurie d'Outre-Jourdain est étroitement dépendante de la phase de constitution de la Seigneurie qui débute en 1116 :
     - en 1116, le roi Baudouin 1er effectue plusieurs expéditions pour réaliser la conquête de l'Outre-Jourdain, il arrive jusqu'au port d'ELATH qu'il fortifie et construit les forteresses de VAL-MOYSE située près de PETRA et du KRAK DE MONTRÉAL qui devient le centre de la seigneurie. Cette seigneurie est donnée en fief en 1118 à Romain du Puy mais celui-ci sera dépossédé de ses terres en 1132 par le roi Foulques pour cause de félonie.
     - le fief est ensuite remis à Payen le Bouteiller qui va faire construire la forteresse du KRAK DE MOAB (KERAK) en 1142 afin de protéger la partie nord de la seigneurie des incursions des nomades.
     - enfin, en 1162, un accord entre Baudouin II et Philippe de Milly seigneur de Naples (Naplouse) indique que le roi recevra tous les fiefs possédés par Philippe à Naplouse et Tyr ; en échange, Philippe recevra toutes les possessions royales outre Jourdain, ce qui unifie la seigneurie autour du même vassal. Philippe de Milly entrera dans l'ordre du Temple et il cédera la forteresse d'AHAMANT (Amman) à l'ordre dont il deviendra le maître.

Jusque 1170, la seigneurie d'Outre-Jourdain vit dans une paix relative : elle est, en quelque sorte, un no-man's-land entre deux Etats qui ne sont pas en bons termes, l'émirat de Damas sunnite et le califat fatimide d'Egypte chiite. D'ailleurs, aucun des deux Etats ne formule de revendications particulières sur ces territoires.

Tout va changer à l'époque de Nur al Din et surtout de Saladin qui prit le pouvoir en Égypte en abolissant le califat fatimide en 1171 etse rendit maître de Damas en 1174. Pour Saladin, la Seigneurie d'Outre-Jourdain était devenu un obstacle majeur pour l'unification de ses Etats. Pourtant il ne fut pas à l'origine de la guerre qui aboutit à la conquête de l'Outre Jourdain et au quasi-anéantissement du royaume de Jérusalem après la bataille de Hattin ;  celui qui en fut responsable fut un aventurier cupide et un brigand sans scrupules, Renaud de Châtillon.
   

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